Blood Diary
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 Ryan Anderson

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AuteurMessage
Ryan Anderson
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Messages : 91
Date d'inscription : 06/02/2012

MessageSujet: Ryan Anderson   Mar 7 Fév - 19:57

D'avance désolé pour les fautes que je n'aurais pas repérées...


Nom : Anderson
Prénom : Ryan
Surnom : Ray
Age : 28 ans de vie humaine et bientôt 15 en tant que vampire
Race : Vampire
Groupe : Civil
Sexe : Masculin
Statut : Barman
Sexualité : Allez savoir


Physique :

Ryan mesure environ 1,80m et pèse dans les 70kg. Il a des cheveux courts et lisses, aussi noirs qu'une nuit sans étoiles, trop fins pour être disciplinés, et qui tombent souplement, encadrant son visage. Ses yeux en amande sont marrons clairs, presque dorés, surplombés de sourcils fins et bien dessinés. Les traits de son visage sont finement marqués, et comme tous les vampires, sa peau est lisse et douce, couleur clair de lune. Son corps est sculpté comme celui d'un athlète, résultat de nombreuses années d'entrainement musculaire. Ce corps si beau aurait pu être parfait, malheureusement, il est parsemé de tâches légèrement rougeâtres, où la peau semble presque ridée : de vieilles cicatrices de brûlures. Et même s'il s'habillait exclusivement de col roulé et de manches longues, il ne pourrait pas toutes les cacher car l'une d'entre elles traverse sa joue gauche, et d'autres plus petites sont également visibles au niveau de ses mains.

Pour l'aspect vestimentaire, notre homme n'est pas très extravagant. Il porte toujours son éternel jean noir orné d'une ceinture qu'il traine depuis des décennies, et un simple T-shirt blanc ou noir, celons ses envies. À l'occasion il met des chemises unies là encore noires ou blanches, mais cela reste plutôt rare. Lorsqu'il pleut il sort sont pardessus couleur ocre rouge qu'il porte généralement ouvert, de façon très négligé. En somme, rien de bien folichon.

Dans sa manière d'être, Ryan a quelque chose de classieux, de fier. Sa posture est toujours très droite, il ne s'avachie jamais et il a ce port de tête haut, presque princier, vestige de son passé resté ancré en lui. Ses expressions de visage sont plutôt vastes et il ne rechigne pas à montrer ce qu'il ressent. Mais dans ses yeux, il y a toujours cette lueur de mélancolie, de regret, comme si son regard restait désespérément tourné vers le passé...


Caractère :

Ryan est plutôt facile à vivre. C'est un homme très calme, serein et sérieux. Il est toujours très méticuleux dans ce qu'il entreprend, que ce soit au quotidien ou dans son travail. Il est droit et précis, comme on lui a appris à l'être et comme son passé l'a forcé à le rester.

Il manque cruellement de curiosité et ce n'est pas forcé. Il a toujours été comme ça, les problèmes des autres ne le concerne pas, il ne cherchera jamais à se mêler des affaires d'autrui de lui-même. Mais si on vient lui réclamer de l'aide alors il sera là. Ce n'est pas une personne égoïste et porter assistance quand il le peut lui fait plaisir. C'est son moyen à lui de se dire qu'il peut faire de bonnes actions en ce bas monde, bien que ces cas ne se présentent que rarement.

Malgré ses anciennes fonctions et mode de vie, il n'est pas hautain ou dédaigneux. Au contraire, il est simple, sympathique, plutôt direct dans ses réflexions et aime bien rencontrer et discuter avec les gens. Il est assez sociable sous ses airs impassibles. Même si ce ne sera jamais lui qui prendra l'initiative d'entamer quoique ce soit.

Dans ses rapports avec les autres, parfois il triche et d'autres fois il ne triche pas. Cela dépend de son humeur, de la personne, de l'environnement. Il aime réinventer sa vie quand on le questionne à ce sujet. Il est parfois de bon conseil et parfois non. Ce n'est pas un homme infaillible, loin de là, et quand on l'attaque sur des choses qui le touchent, il s'emporte très vite. Ce n'est pas le genre à péter un plomb pour rien mais s'il dit qu'il ne veut pas parler de tel ou tel sujet et qu'on vient insister dessus, il perd ce calme apparent, et si on s'obstine à le chatouiller au mauvais endroit il peut en venir aux mains.

C'est un homme qui a vécu énormément de situations différentes depuis sa naissance. Il est plein d'expérience de choses de la vie, certaines très dures à vivre et d'autres plus agréables. Il a tué et fait tuer nombre de personnes, mais ce n'est ni un sociopathe ni un psychopathe. Il a simplement son mode de fonctionnement qui lui permet de se détacher suffisamment des choses pour lui permettre d'agir comme il l'a fait. Cela dit, avec Ryan, il ne faut pas se fier aux apparences. C'est un menteur fini. On lui prêterait même de bonnes performances d'acteur. Manipulateur, forcément il l'est un peu, mais ce n'est pas son dada.

Ryan est simplement quelqu'un de complexe et d'insaisissable. Méfiez-vous.

Autres :


Son passé :

Pour commencer

Pour commencer, je suis né. À peu près comme tout le monde je pense. Ma mère est morte en couche, mais moi, tant qu'on me donnait de quoi manger, je ne m'en préoccupais pas. Mon géniteur n'a pas souhaité me reconnaitre quand il a apprit mon entrée dans ce monde. Je n'étais peut-être pas à son goût, qui sait ? La seule personne qui restait pour me prendre en charge était la soeur de ma mère, une junkie... Du coup, je me suis retrouvé sur liste d'attente pour trouver une famille. Marrant hein ? On nous plaçaient là, en ligne, et les gens friqués n'avaient plus qu'à faire leurs courses. Ecoeurant. En plus de cela, je devais vraiment être un bébé moche, parce que personne n'a voulu de moi avant mes 7 ans. Et à vrai dire, quand j'ai été retiré de l'orphelinat, j'étais vraiment triste de devoir quitter tous mes copains. Mais comme tout le monde me disait que j'avais de la chance, je n'ai pas vraiment résisté. J'aurais peut-être dû...

Je me suis retrouvé chez quelqu’un de très très très riche. Un vieux, ancien homme d’affaires au commerce florissant, marié à une femme de quarante ans sa cadette et qui avait fait son petit caprice pour avoir un mioche. Le vieux, n’étant plus très en forme, avait décidé d’aller acheter une progéniture dans le chenil du coin, et allez savoir pourquoi, c’était tombé sur moi. Je n’avais acquis qu’une éducation sommaire durant mes années passées dans le refuge. Années pendant lesquelles j’avais passé le plus clair de mon temps à jouer et à rire plutôt qu’à apprendre quoi que ce soit. Bien sûr, je savais lire, écrire et compter, mais de manière tout à fait primaire. Ainsi propulsé dans une famille de la haute bourgeoisie, j’ai bénéficié de précepteurs et de cours accélérés. Je ne jouais plus du tout, j’étais le seul enfant à des kilomètres à la ronde et j’étais bien triste de ne plus être orphelin.

Mes journées étaient donc ponctuées de divers enseignements, allant de l'algèbre, aux langues étrangères, en passant par les cours de bonnes manières, de vie mondaine et j'en passe. La pédagogie n'était pas vraiment à l'honneur dans cette famille, et tous les moyens étaient bons pour faire de moi un garçon respectable et présentable le plus rapidement possible. J'ai donc eu droit, tout naturellement, au manche à balais attaché dans le dos pour apprendre à me tenir droit, aux tapes sur les mains quand j'avais le malheur de me tromper de fourchette, aux claques en pleine figure si un juron avait la maladresse de dépasser la barrière de mes lèvres... Super comme vie pour un gosse, mais je l'avoue à contrecoeur, cette méthode à porté ses fruits. En l'espace de seulement trois ans, j'étais devenu un vrai petit gentleman, pour le plus grand bonheur de mes « parents » qui prenaient un plaisir sans nom à m'exhiber à leurs amis. Leurs amis humains évidemment. Dans la demeure, la tolérance, l'ouverture d'esprit et le respect n'était pas le même pour tout le monde. Surtout pour ses « saloperies de suceurs de sang immondes et contre nature » qui répugnaient au plus haut point tout mon entourage...

À l'âge de 13 ans, j'ai débuté des cours d'exercice physique, car en plus d'être intelligent et bien élevé, je me devais d'être beau pour faire honneur à mon rang. Et comme disais le vieil homme « un esprit sain dans un corps sain ». Il ne pouvait surtout pas se permettre de donner à voir un enfant avec de l'embonpoint. Mais je dois dire que j'adorais ses cours. C'était un peu ma récréation à moi, mon défouloir aussi. En deux ans j'avais acquis un capital musculaire plutôt confortable et une tenue de corps absolument parfaite. Ce couple était si fier de leur création que j'en ressentais presque du plaisir, bien que les relations entre nous n'aient jamais dépassé le stade du cordial. Après tout je n'étais qu'une pièce rapporté qu'on s'efforçait de façonner pour la rendre attrayante.

À 15 ans, le vieil homme m'appris l'art de manier une arme à feu, car j'avais atteint l'âge de participer à ces petites partie de chasse qu'ils faisaient entre hommes de temps à autre. Je ne détestais pas ça, même si parfois l'envie irrésistible de dégommer deux ou trois de ces aristocrates me passait par la tête. Mais je me contrôlais, en espérant un jour hériter d'un des manoirs de cet homme, ou d'un capital économique assez juteux pour ne pas m'inquiéter des problèmes d'argent avant un certain nombre d'années. Et l'évènement que j'avais tant attendu arriva 3 ans plus tard. Le pauvre vieux fut emporté dans l'autre monde soit disant à cause d'un infarctus, mais je n'excluais pas l'hypothèse de l'assassinat perpétré par sa propre femme qui en avait eu assez d'attendre que la nature s'en charge. Malheureusement, si celle-ci avait accéléré sa fin, elle devait s'en mordre les doigts. À l'ouverture du testament, tout ce qu'il nous avait légué était des propriétés sans valeurs et des dettes énormes, sans doute conséquences de mauvais placements. Enfin, moi je n'avais hérité de rien de tout cela. Je n'avais hérité de rien du tout d'ailleurs, mais au vu de la tournure des évènements, ce n'était pas si mal.

La femme qui avait absolument tenu à m'adopter se remit à faire ce qu'elle savait faire de mieux : Tapiner auprès des hommes fortunés. Et moi, qui n'était alors rien d'autre qu'une gêne dans sa quête du nouveau prétendant, je me suis retrouvé à errer dans les rues. « Tu es assez grand pour te débrouiller tout seul » m'avait elle dit « prend l'exemple de ton père, il n'est parti de rien et il a fondé un empire ! ». À mon sens, le pire dans tout ça, c'était qu'elle croyait vraiment ce qu'elle racontait. Grand bien lui fasse, j'ai pris le minimum d'affaires dans un sac à dos et je suis allé vivre ma vie. Enfin seul, sans l'emprise de cette communauté, de ces gens, de l'argent. Bien sûr, les premiers temps, on ressent le manque de cette vie : plus de confort, on dort où on peut, plus de repas à heure fixe (quand on peut avoir un repas), plus de douche tous les matins et tous les soirs... Il y a un temps d'adaptation, mais je vous assure qu'après deux mois à vivre comme ça, le plus dur est fait. On s'habitue, on s'adapte. À cette époque, j'ai fait un rapide retour sur ma vie, et je me suis dit que le temps tournait sur lui-même, comme un 8. Un infini recommencement des choses. J'étais né presque dans la rue, et me revoilà propulsé d'une vie de rêve, des plus hautes sphères de la société, à une vie de reclus, de marginal, oublié et maltraité par tous ces gens qui passent sur les trottoirs, et me regarde de haut en se disant que je n'ai que ce que je mérite. Et que si je veux m'en sortir, je n'ai qu'à bouger mon cul et aller trouver du travail, me trouver une nana, faire des gosses, acheter une baraque et avoir une vie normale. En y réfléchissant bien, ce que c'est chiant la normalité ! Je ne rêvais pas d'une vie comme ça, je n'avais pas envie d'être un anonyme parmi tant d'autres...


Dans la rue

Dans la rue, on apprend beaucoup de choses. On apprend la réalité de la vie, les brèches de la société, les disfonctionnements du système, les inégalités, la survie, l'art de repérer les plus influents, l'art d'éviter les ennuis et par la même d'éviter une mort certaine. C'est l'école de la vie, la vraie, et moi là au milieu, je sortais vraiment de l'ordinaire. Je me faisais immédiatement repérer comme « le petit nouveau », à cause de ma façon d'être, de parler, de marcher... Le gosse de riche en train de bouffer dans les poubelles, quelle scène comique n'est-ce pas ? En tout cas, ça en faisait marrer plus d'un. À cause, ou plutôt grâce à cela, un homme qui se faisait appeler Shadow me prit sous son aile. Shadow, ça aussi c'était vraiment drôle, jamais entendu un nom aussi cliché pour un magouilleur des bas-fonds. M'enfin, il n'était pas méprisant avec moi, et il avait tout de suite comprit l'utilité d'avoir avec lui quelqu'un qui venait des milieux hauts placés. Il allait m'apprendre à devenir un « caméléon » comme il disait. Et moi je n'avais rien de mieux à faire alors je l'ai suivi sans broncher.

Il m’enseigna le langage de la rue, les postures à avoir, les vêtements à porter, même les odeurs à transporter. Il m’apprit à utiliser d’autres armes que les fusils de chasse que j’avais l’habitude de manier, il me fit continuer mon entrainement physique que mon ventre soit plein ou creux. Il m’aida à me forger un vrai caractère, un caractère passe partout, et il m’apprit les valeurs des différentes classes sociales. Et surtout, il m’apprit à réaliser des contrats. Je n’avais aucune idée de l’engrenage dans lequel je m’étais embarqué, mais si cela me permettait de survivre aisément, je n’avais pas à me poser de questions. Il commandait, j’obéissais, je retenais. J’étais aussi assidu que j’avais pu l’être durant mes cours de bourgeois de base, et j’ai très vite empilé nombres de savoirs vitaux dans ma situation.

Mes premiers contrats étaient de simples livraisons. Tu récupères le colis à un point A et tu livres le colis à un point B, le plus discrètement possible et sans faire de vagues, et bien sûr tu n'ouvres pas le colis. Je vous jure, comme dans les films. En beaucoup moins rassurant bien sûr... J'en ai fait une trentaine de ce genre, c'était plutôt facile et bien payé, et je n'ai jamais eu de problème de curiosité ce qui m'as sans doute sauvé la vie. Ensuite, j'ai eu mes premiers vrais contrats. Tu prends ce sniper, tu tues ce type et tu disparais. Le même genre de cliché que dans les séries télés, sauf que dans la réalité, les flics ne s'intéresse pas aux gosses des rues, et qu'aucune âme charitable n'est miraculeusement apparut pour me sortir de là. Alors j'ai continué, ça ne me posait pas de problème de tuer. En plus, c'était super simple : avec ce genre d'arme on reste toujours assez loin de la cible, donc presque aucun risque de se faire repérer. Je n'ai jamais eu de remord à butter des inconnus, ni aucune envie de chercher qui ils étaient. Chose qui, encore une fois, a dû me sauver la mise à plus d'une reprise.

Petit à petit et à force d'efficacité, je suis passé à des armes beaucoup plus petites, donc plus discrètes mais aussi plus dangereuses pour moi. Plus l'on s'approche de la cible, plus l'on a de chance d'échouer et de se faire repérer. Mais peut-être avais-je une bonne étoile, de la chance ou tout simplement du talent, car je ne me suis jamais fait prendre, et j'ai exécuté toutes les missions que l'on m'avait confiés avec succès. J'étais précis dans mes actes, dans mes plans et dans mes mouvements. Je savais m'infiltrer, me faufiler parmi la population et passer inaperçu. Un caméléon avait-il dit ? C'était chose faite. Je me suis naturellement fait une réputation. Mais on connaissait le nom de scène et non l'homme, discrétion et survie oblige. Seul Shadow connaissait mon visage, et les autres personnes que je fréquentais dans les rues me connaissaient sous de multiples appellations.

Ainsi, j'avais une très grande liberté d'action. Et un jour, un peu plus d'un an après mon arrivée dans la rue, j'ai senti qu'il m'en fallait plus. Il était temps de monter d'un cran dans la hiérarchie, d'amasser plus d'argent, de me faire une véritable place dans le milieu. J'avais assez d'expérience et j'étais devenu suffisamment retord pour ça. À mon sens, le plus simple était de doubler Shadow. Je savais à quel endroit il recevait les ordres du « patron », et il m'était extrêmement accessible. Il ne se méfiait pas de moi. Sous prétexte de m'avoir pris sous son aile il concevait mon allégeance comme acquise. Quelle erreur. Un coup de lame bien placé et s'en serait fini de lui. Pour la suite, une cape ou quelque chose du genre pour dissimuler mon visage, et j'irais récupérer les missions à sa place. Peu de temps après avoir réfléchi à cela, j'étais devenu l'homme que j'avais assassiné de sang-froid. Tout c'était passé comme je l'avais prévu, ç'avait même été d'une facilité déconcertante. Une rumeur circula racontant que le petit nouveau était allé voir chez le voisin si l'herbe était plus verte. Shadow continuais tranquillement ses activités, et montait peu à peu un véritable réseau, formant ses soldats comme il savait si bien le faire.

J'avais repris les rênes, j'avais déjà une dizaine d'hommes sous mes ordres, mais ceux-là n'avaient pas été assez formatés à mon gout. Une confiance et une fidélité sans limite, voilà ce qu'il me fallait. Je les ai remplacé un à un. J'ai débusqué de jeunes gens talentueux, je les ai éduqués comme on l'avait fait pour moi, mais je ne gardais à mes côtés que les plus malléables, ceux qui croyaient en moi, qui me considérait comme leur sauveur, comme leur famille. Et cela m'a permis de garder ma place, de ne pas finir comme mon prédécesseur, de faire fructifier mon réseau. J'étais le maitre du jeu.

Mes rangs grandissaient doucement mais surement, et les commanditaires cherchaient de plus en plus à me contacter en personne. Je me suis écarté de l'homme qui était « le patron » des rues, et j'ai terminé de bâtir mon propre empire. J'ai d'abord acheté une maison qui servait de quartier général, une petite bicoque discrète. Au fil des années, la maisonnette est devenue maison, puis manoir, hôtel, building, château avec propriété, domaine immense... Finalement, j'avais suivi le même chemin que ce vieil homme qui m'avait adopté. Je n'étais parti de rien et j'étais devenu roi. Oh bien sûr, tout n'a pas été rose. Il m'a fallu trouver nombre de couvertures pour blanchir l'argent qui m'était versé, il y eut également quelques « guerres » entre mon réseau et d'autres. Voir un « gang » se développer aussi vite fait peur. J'ai essuyé beaucoup de pertes. Les outsiders ne sont pas le bienvenu dans ce milieu.

Pourtant, nous avions survécu, nous avions pris de l’ampleur, et nous étions parmi les plus grands. Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort n’est-ce pas ? Mon arme essentielle était mon cerveau et l’organisation de mes troupes. J’avais toujours plusieurs plans de secours, qui étaient sans doute plus élaborés et plus futés que ceux de mes adversaires, et qui avaient le don de les prendre par surprise. J’ai fait des placements, de bon placements, et à l’âge de 27 ans seulement, j’étais arrivé au summum de ce que je pouvais produire. J’avais absolument tout ce que je désirais, je n’avais qu’à claquer des doigts pour qu’une véritable fourmilière s’active à combler la moindre de mes envies. De l’argent, des propriétés somptueuses, une armée m’obéissant au doigt et à l’œil, de l’alcool, des femmes…


Une vie rêvée... Ou presque.

Une vie rêvée. Juste retour des choses si le temps tourne vraiment sur lui-même, non ? J'avais choisi pour résidence principale un manoir, légèrement en retrait de la ville. C'était assez grand pour accueillir mes meilleurs éléments, il était dissimulé par la forêt qui entourait le domaine, parfaitement sécurisé avec des gardes, des caméras de surveillance, des chiens de combats etc... Tout ce qu'il me fallait pour me sentir protégé. Je pouvais me reposer dans cet endroit, retrouver un environnement paisible, et travailler à mes affaires en toute tranquillité. Gérer toutes ces sociétés écrans n'était pas vraiment le boulot le plus simple que j'ai eu à faire, sans compter qu'il fallait choisir les contrats à effectuer ou non, donner les ordres par la suite, contrôler le déroulement des opérations... Bref, même en ayant délégué pas mal de tâches à des comptables et compagnie, ce n'était pas non plus le paradis au quotidien.

Cela faisait à peine un mois que j'étais installé à cet endroit. J'étais à mon bureau, en train de régler des choses et d'autres, quand un de mes hommes a fait irruption dans mon bureau, m'annonçant qu'une femme souhaitait me rencontrer. Il me dit qu'elle attendait dans le petit salon, qu'ils l'avaient fouillé minutieusement et qu'elle n'avait ni arme, ni micro ou engins de ce genre. Bien. Intrigué, j'ai décidé d'aller voir ce que cette créature pouvait bien vouloir de moi.

Quelle ne fut pas ma surprise quand je la découvris assise là, en train de m'attendre. Elle portait le décolleté le plus plongeant que j'ai jamais vu, une jupe qui se résumait à une ceinture large, des talons de 15cm et des ongles colorés d'un rouge vif plutôt surprenant. Une vraie catin. C'était ma « mère », ma sois distante mère adoptive qui m'avait balancé dans le caniveau à la première occasion venue. J'avais envie de vomir. Elle osait venir ici, se montrer comme ça devant moi, sans doute pour me demander de m'occuper d'elle et de payer les dettes que lui avait laissé son défunt mari. Elle pouvait toujours courir.

Elle s'est levée, m'as sourie d'un air aguicheur et m'a tendue la main.

« Bonjour. Britanie Rosenberg. Je vais aller droit au but avec un homme aussi puissant que vous. Je viens vous proposer une association. »

Attendez... Quoi ?! Je l'ai observé en détail. Oui, c'était bien la même femme, pas d'erreur mais... Elle ne me reconnaissait pas ? Elle ne savait pas qui j'étais ! Bon d'accord, j'avais changé d'identité à plusieurs reprises et j'avais vieilli d'une dizaine d'année. Mais quand même. Mon passage dans la rue m'avait-il changé au point que ma propre mère adoptive ne me reconnaisse pas ? Alors que je pensais que rien n'aurait pu m'ébranler dans ma toute puissance financière, matérielle et humaine, je me retrouvais tout chamboulé par cette femme pour qui je n'avais pensé ressentir que du mépris et de l'indifférence. Je venais de me prendre un vrai coup au coeur et je n'y étais pas préparé.

« Excusez-moi... Vous vous sentez bien ? »

J'étais resté figé au moins deux longues minutes, les yeux dans le vague. Il fallait que je me reprenne. Après tout ce que j'avais vécu, ce n'était tout de même pas une situation pareille qui allait me traumatiser. La tristesse et la douleur ce sont muées en colère et je me suis repris. Je lui ai serré la main, un air sévère gravé sur le visage, et j'ai pris place dans un siège en face d'elle.

« Je vous écoute. Qu'avez-vous à me proposer ? »

Elle se rassise à son tour, se redressa et bomba légèrement la poitrine (ce qui eut le don de m'agacer d'avantage) et elle se lança.

« Bien, je vous expose ma situation. Je suis une femme plutôt connue dans nos milieux. J'ai beaucoup de contact, je connais du monde et notamment des cercles plutôt fermés de gens très fortunés qui pourraient vous faire de bons clients. Vous voyez ce que je veux dire ? »

« Bien sûr. Continuez. Je suppose que vous ne me rendrez pas ce service gratuitement. » Je sentais que je n'allais pas tenir encore longtemps avant d'exploser.

« J'allais y venir. Je peux vous faire entrer dans ces cercles. Malheureusement, je n'ai plus vraiment de situation à l'heure actuelle. J'ai eu un mari qui ne m'a laissé que des dettes et un fils qui m'a lâchement abandonné. Si nous venions à nous unir, je retrouverais immédiatement ma place et j'en profiterais pour vous installer parmi ces gens. Qu'en pensez-vous ? Je serais toute à vous... »

Là s'en était trop, je ne tenais plus. Elle me faisait les yeux doux, frétillait dans tous les sens complètement en chaleur. Quelle garce répugnante. Je la haïssais. Je la haïssais pour ce qu'elle était, je la haïssais pour ce qu'elle était en train de faire, je la haïssais parce qu'elle était la seule mère que j'ai jamais connu, je la haïssais parce qu'elle me rendait triste et me faisait du mal... Je me suis levé brusquement, les sourcils froncés, la mâchoire serrée, la rage étincelante dans mes prunelles.

« Désolé, mais je ne fais pas dans l'inceste Maman ! »

J'avais parlé brutalement, j'avais lâché dans cette phrase toute la rancoeur que j'éprouvais pour elle. J'ai vu ses yeux s'écarquiller. Elle était abasourdie. Elle a ouvert la bouche pour dire quelque chose, mais le son est resté bloqué dans sa gorge. J'avais envie de pleuré, et elle devait surement avoir envie de se précipiter le plus loin possible de cette demeure. Mais elle était tétanisée, alors j'ai décidé de régler le problème. J'ai tourné les talons, je suis sorti de la pièce en trombe et j'ai crié un ordre dans le couloir :

« Mettez-moi ça dehors ! Maintenant ! »

Je suis monté m'enfermer dans mon bureau, me suis laissé tomber dans mon fauteuil, et j'ai pleuré...


Il avait les cheveux longs…

Il avait les cheveux longs… Très longs, fins, d’un blond si clairs qu’ils paraissaient presque blancs. Un beau visage, de petites lunettes qui tenaient sur le bout de son nez droit et fin. Il devait être un peu plus grand que moi, peut-être un peu plus mince aussi. Je tenais son contrat dans les mains et le fixais d’un air perplexe, un sourcil levé. Il attendait ma réponse, et moi je réfléchissais intensément.

Deux mois après l'incident qui m'avait conduit à revoir ma pseudo mère, cet homme avait débarqué dans mon Bureau. Il tenait une clinique privée non loin du manoir et avec la même disposition : forêt, portail, gardes, caméras... Il était venu me proposer un marché. Je pouvais faire soigner mes hommes chez lui sans qu'il y ait traces de leurs passages, ce qui permettrait de garder mes activités très confidentielles. En échange il voulait l'exclusivité de sa clinique pour le réseau et une rémunération plutôt honorable. C'était une bonne proposition, qui allait me permettre de simplifier les démarches pour faire soigner et opérer mes troupes lorsque cela était nécessaire. Les dégâts subis lors d'affrontements quelconques n'étaient pas rare et nécessitaient souvent des soins spécifiques. Bien sûr j'avais déjà quelques médecins à ma solde, sur qui je pouvais compter et que je payais grassement pour leur silence et leurs services, mais une clinique, je n'en avais pas encore. C'était le grand luxe matériellement parlant avec des blocs opératoire, du matériel médical à volonté, du personnel qualifié, sans compter le suivi médical qui allait avec.

Cela dit, le fait de lui donner l’exclusivité impliquerait le renvoi de tout ce personnel qui travaillait déjà pour le réseau, ce qui conduirait à des risques de fuite d’informations. Quoi de plus dangereux que des hommes frustré par une soudaine perte de revenu. Ajoutez à cela le fait qu’éventuellement, cela permettrait à l’homme qui se dressait en face de moi d’exercer un chantage, une pression sur moi pour réclamer plus d’argent où autre, en menaçant de me vendre aux autorités. Je ne savais pas trop quoi faire. J’étais très partagé par cette histoire.

« Les closes de votre contrat sont-elles définitive ou pouvons-nous renégocier ? »

« Alors vous êtes intéressé... Bien. Qu'est ce qui ne vous convient pas ? Monsieur. »


Un sourire taquin fendait son visage. Il semblait vraiment s'amuser de la situation, ce que je ne comprenais pas et ce qui m'agaçais.

« Je veux juste que ce soit très clair. Cette histoire d'exclusivité... très bien, mais rappelez-vous bien que la moindre tentative d'escroquerie ou de chantage de votre part m'obligera à prendre les... dispositions qui s'imposeront. »

Son sourire s'élargi. Vraiment étrange ce type. Je venais clairement de lui faire comprendre que je pourrais tuer toutes les personnes travaillant pour lui, y compris lui, et il se marrait.

« Cela me convient parfaitement Monsieur. Je ne suis pas suicidaire et ce n'est pas la première fois que je travaille pour quelqu'un dans votre genre. Une petite signature et ce sera parfait. »

« Excusez-moi ? »

« C'était une plaisanterie, vous devriez apprendre à vous détendre. »


Je l'ai mal pris. J'étais du genre susceptible ces temps-ci. Il ne fallait pas trop me chercher, j'étais devenu vraiment chatouilleux depuis que j'avais revu cette femme... Je gardais un exemplaire de son papier sur lequel étaient couchées ses conditions. Je m'apprêtais à le congédier quand il reprit inopinément la parole.

« Pourrais-je vous rendre visite ? »

« Pardon ? »


Euh... Avais-je bien compris ce qu'il venait de dire ?

« Vous voulez parler de visite médicale ? »

« En fait non, vous m'êtes étrangement très sympathique, j'aimerais pouvoir discuter avec vous, de temps à autres. »


Son sourire ce faisait presque narquois. Qu'est-ce qu'il cherchait ce type ? À s'infiltrer ? Travaillait-il pour les flics ?... Hum, entre ses murs je n'avais rien à craindre et je voulais le lui faire comprendre.

« Si vous n'avez rien de mieux à faire... »

Sur ce il quitta la demeure et je m'empressais de dépêcher une équipe de surveillance. Si ce type était un indic, je le saurais très vite.

[...]

Voilà que deux nouveaux mois c'était écoulé et mes espions n'avaient toujours rien trouvé de compromettant, ni chez lui, ni chez ses clients. Il était clean. Allez savoir pourquoi, mais ça m'énervais. J'avais espéré trouver une bonne raison pour le zigouiller et lui faire ravaler son sourire, mais apparemment, c'était peine perdue.

[...]

Cela faisait maintenant à peu près 6 mois que notre alliance avait eu lieu et tout fonctionnait pour le mieux. Comme il me l'avait dit, il était passé me voir plusieurs fois, de façon plutôt régulière tous les trois ou quatre jours, pour discuter de tout et de rien. Je dois bien avouer qu'il me devenait de moins en moins antipathique. Bien qu'il gardait le don de m'agacer avec son sourire.

Un de ses jours il vint me voir, c'était une journée froide et particulièrement ennuyeuse. La paperasse me lassait, j'étais fatigué de la nuit précédente qui avait été particulièrement agité et la pleine lune n'avait rien arrangé aux quelques heures de sommeil auxquelles j'avais eu droit. Oui, les nuits de pleine lune j'avais tendance à cauchemarder ou à devenir insomniaque. Bref, le voilà qu'il se ramenait encore avec sa tronche d'ange et son cerveau machiavélique. Je ne sais pas pourquoi j'acceptais de le voir à chaque fois. Peut-être qu'il me distrayait.

« Et voilà le bouffon du roi. » Marmonne-ai-je comme pour étayer mes pensées.

« Bonjour, oui je vais bien et toi ? »


On avait fini par se tutoyer. À force de persévérance de sa part.

« Qu'est-ce que tu veux ? »

« Un extra. J'ai eu beaucoup de travail hier soir, quand tu es venu me déranger au beau milieu de la nuit pour que je rafistole tes petits soldats. J'ai bien droit à un petit supplément. »


Allons bon. Ce qu'il racontait n'était pas faux et il était vrai qu'il faisait du très bon boulot. Après tout l'argent n'était pas un problème. J'ai lâché un long soupir.

« Combien ? »

Il haussa les sourcils, surpris par mes paroles, comme si je venais de lui parler en chinois.

« Non, je ne veux pas d'argent. J'aimerais plutôt... m'abreuver à la source. »

Avais-je précisé que ce type était un vampire ? Je n'avais rien contre ça mais j'avais un peu de mal à intégrer le fait qu'il me voyait comme une grosse bouteille de soda ou un truc dans le genre. Et puis on ne me suçait pas le sang comme ça !

« Tu peux toujours courir. Prend ton fric et trouve-toi de quoi boire. Ça doit pas manquer chez un type qui tient un hosto.»

Et voilà ce foutu sourire qui réapparaissait. Ça l'amusait. Je venais de l'envoyer paitre et il s'en foutait.

« Ça t'amuse ? »

« Non ça m'excite. »


Je n'ai même pas tiqué. Ça m'avait fait réagir au début, mais il faisait ce genre de petites provocations en permanence. Je n'y prêtais plus attention, ça lui faisait trop plaisir quand je prenais la mouche. C'était le genre de gars sans gêne, qui se croit chez lui partout et n'a pas peur des potentiels réactions des autres. Il était très tactile et c'était déjà affalé sur moi ou était venu se coller à moi, me faire « un câlin » comme il disait, juste parce qu'il en avait envie. Les premières fois il s'en était pris de bonnes dans la tronche. Mais j'ai vite compris que rien ne le ferais changer alors j'ai cessé de l'esquinter. Je n'avais jamais été habitué à ce genre de contacts compte tenu de mon enfance. Les démonstrations d'affection n'étaient pas mon truc. Mais j'ai fini par m'habituer à lui...

D'ailleurs, le voilà qui venait s'asseoir à califourchon sur moi alors que j'étais assis dans mon fauteuil. Je restais impassible. Moins je réagirais et moins il insisterait, c'était comme ça.

« Allé, donne m'en un peu... » Me murmura-t-il alors qu'il posait sa tête sur mon épaule, les lèvres tout près de mon cou.

Règle de survie n°1 : Toujours avoir une arme à porter de main. J'ai attrapé le 9mm qui se trouvait sous mon siège et l'ai collé sur sa tempe. J'avais des automatiques planqués un peu partout dans la pièce, au cas où...

« Approche toi de ma carotide ne serais-ce que d'un millimètre de plus et je te bute. »

Je m'attendais à ce qu'il se marre comme d'habitude, puis qu'il s'en aille en me lançant une de ses moqueries cinglante concernant mon comportement de coincé de service. Mais ce ne fut pas le cas. Pas du tout. Je l'ai entendu soupirer pour la première fois depuis que je le côtoyais. Il attrapa mollement ma main, celle qui tenait l'arme et porta mon poignet jusqu'à sa bouche.

« Juste un peu... Je suis affamé... »

Je ne comprenais pas. Il avait accès à toutes les quantités de sang qu'il voulait, après tout il tenait une clinique et il était affamé ? Ça me dépassait. J'ai récupéré mon arme de ma deuxième main et l'ai posé sur le bureau devant moi. J'ai baissé le regard sur lui, et lorsque j'ai croisé le sien, je l'ai senti désespéré. Ça m'a fait de la peine et m'a peut-être un peu inquiété aussi.

« Tu as arrêté de te nourrir ? » je restais calme et cherchait une explication.

« Oui, parce que je veux du vrai sang, bien chaud et savoureux, j'en ai assez de ce truc qu'il nous donne, c'est tout sauf délicieux... »

Je savais que c'était une mauvaise excuse, qu'il pouvait trouver n'importe quelle prostitué du coin ou un de ses fans de vampire qui se serait offert à lui avec plaisir, mais je savais qu'il ne me lâcherait pas et j'ai aussi essayé de me mettre à sa place. À la place de tous les représentants de son « espèce ». Je me suis imaginé condamner à manger uniquement des steaks de soja quand soudain on me présenterait une belle entrecôte. Le choix était vite fait, je n'aurais pas hésité une seconde. J'ai su que j'allais lui dire oui et je n'en revenais pas. Je n'aurais jamais pensé qu'un jour un type me boive et pourtant...

« Très bien. »

Je n'avais jamais vu une telle expression sur son visage. Un mélange de surprise, de suspicion, de gratitude aussi.

« Sérieux ? »

Il n'arrivait pas à y croire. Moi non plus.

« Dépêche-toi avant que je change d'avis. »

Je pensais qu'il allait prendre un couteau ou quelque chose de ce genre pour faire couler le sang, mais il m'a mordu en plein dans l'avant-bras. Ça m'a fait un mal de chien, mais je l'ai laissé faire jusqu'à ce qu'il soit satisfait.

« Je te préviens, c'était la seule et unique fois. »

Ouais, enfin, dans mes rêves. Avoir accepté une fois avait laissé la porte ouverte aux récidives. Je n'ai jamais vraiment su si il m'avait menti pour arriver à ses fins ou s'il avait réellement arrêté de boire, je n'étais pas vraiment calé niveau vampire à cette époque. De toute façon, maintenant que c'était fait, se poser la question ne servait plus à rien.

[...]

Au cours des six mois qui suivirent, il recommença, plus ou moins régulièrement. Il me laissait toujours le temps de m'en remettre, que mon corps se réapprovisionne en liquide rouge et parfois, quand il était trop pressé il me faisait prendre des vitamines (du moins j'imagine que s'en était) pour que je ne m'affaiblisse pas trop. Le plus dingue dans tout ça était que c'était devenu une véritable habitude. Et comme c'était maintenant naturel pour lui comme pour moi, je ne trouvais rien à redire. Je n'ai jamais manifesté l'envie d'arrêter et lui non plus.


Dernière édition par Ryan Anderson le Dim 4 Nov - 20:26, édité 1 fois
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Ryan Anderson
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MessageSujet: Re: Ryan Anderson   Lun 15 Oct - 16:06

C'est ça l'amour ?

« Tu veux que je te révèle quelque chose d'important ? »

« Hum vas-y, tu viens de piquer ma curiosité. » Ce n'était pas vrai. Je n'étais pas curieux pour un sou et j'étais en train de remplir de la paperasse. Mais il avait envie de parler alors soit, je l'écoutais et lui répondait distraitement. Cette soudaine envie de parler lui prenait souvent quand il avait fini de se nourrir de moi. Il s'affalait contre mon corps ou sur un fauteuil et il parlait, un peu comme après l'amour je suppose. J'associais bizarrement le fait de boire et l'acte sexuel. Je ne sais pas exactement ce qu'il en était pour ce vampire, mais moi je le ressentais comme ça. Ce qui faisait que notre relation, qui donnait déjà naissance à quelques bruits de couloir, me paraissait un chouia trop ambigüe.

« M'aimes-tu ? »

Waouh, grande question qui eut pour effet de me sortir de mes papiers. Je n'y avais jamais réfléchi. Aimer était un concept que j'avais du mal à saisir à vrai dire. Et ce n'étais pas mon centre de préoccupation. Au moins sa question montrait qu'il partageait cette impression d'ambiguïté.

« Pourquoi me demander ça ? »

« Parce-que je t'aime. Ne l'as-tu pas remarqué ? »

Ah. Bon. Ok. Information enregistrée. Situation délicate détectée. Dans quel pétrin je m'étais encore fourré hein ? Ou alors c'était encore une de ses blagues...

« Tu es bien sérieux tout à coup. »

« Exactement. Je suis très sérieux. »

Et à en juger par son regard et par le ton de sa voix, il l'était effectivement.

« Désolé, mais je n'ai pas vraiment... Le temps pour ne serais-ce que penser, à ce genre de choses. »

Et oui, on détourne les conversations gênantes comme on peut. Il se redressa brusquement, ses yeux écarquillés plongés dans les miens.

« Pas le temps ? »

Oh. Je l'avais vexé. Mais c'était vrai, j'avais mieux à faire que me questionner sur ça, et quand bien même je trouverais le temps d'y réfléchir, avec mes affaires je ne pourrais jamais m'engager dans quelque chose de sérieux. Et puis c'était un mec aussi, vampire avec ça !

« Que veux-tu que je te dise, je suis bien trop pris par tout ça. Ma vie je la consacre à l'empire que je bâtis, pas à d'autres choses tellement... »

« Tellement quoi ? »

J'enfonçais le couteau dans la plaie. Il commençait à perdre son calme.

« Tellement dérisoire face à ça. »

« Dérisoire ? Alors, pour toi je ne suis qu'une chose dérisoire ?! »

« Ecoute... »

« Non, ça va, j'ai compris. Tu n'as pas le temps. Très bien. »

Son expression changea du tout au tout, se muant en une émotion que je ne su identifier. Il se leva, me tourna le dos et parti comme une furie en claquant la porte derrière lui. Décidemment cette conversation avait été bien trop étrange pour me paraitre réel. J'ai mis ça de côté et j'ai décidé de ne plus y penser. Quand il serait calmé, il reviendrait sans doute me pomper le sang. Comme d'habitude.

[...]

La nuit était tombée depuis à peine quelques heures, mais je savais déjà que ce soir je ne dormirais pas. L'effet néfaste de la pleine lune sur ma personne me le faisait sentir. Ou bien peut-être était-ce simplement un pressentiment. Affalé sur un fauteuil, près d'une des grandes fenêtres que possédait mon bureau, je fixais l'obscurité tout en écoutant le silence. Je pensais à tout et à rien, aux missions que j'avais en cours, à tous les hommes qui étaient morts pour moi, à ma vie en général et à la tournure que celle-ci prenait. Quand soudain je me stoppais dans mes réflexions, raidi par une affreuse sensation d'angoisse. Quelque chose n'allait pas. Le silence était trop... silencieux. Puis la porte de la pièce s'ouvrit subitement laissant apparaitre un de mes hommes complètement paniqué.

« Tous les systèmes des surveillances sont HS ! Je crois qu'on s'est fait pirater ! »

Impossible. Ça n'avait pas de sens. Par qui ?!

J'allais répliquer quand une explosion se fit entendre à l'extérieur. J'ouvris précipitamment la fenêtre et me penchais par celle-ci pour découvrir avec effroi un tank qui avançait dans l'allée principale, ayant pulvérisé le portail et une partie du mur d'enceinte au passage. UN TANK ! Même la plus grosse agence mafieuse du monde ne possédait pas ce genre d'arment ! UN TANK BORDEL!

J'étais abasourdi, je ne savais pas comment réagir. L'alarme de la résidence fut déclenchée, et le bruit assourdissant qu'elle provoqua me fit redescendre sur terre. Il fallait que je prenne une décision et vite, des centaines de vie en dépendaient.

« Barrez-vous... » Articulais-je tant bien que mal, le regard toujours tourné vers le néant de la nuit, le corps paralysé. J'entendis une vague « Quoi ?... » Derrière moi, plein d'incompréhension et déception.

« J'ai dit BARREZ VOUS ! CASSEZ VOUS ! SAUVEZ VOTRE PEAU ! Faites passez le message, passez par l'arrière du bâtiment, foncez à travers la forêt et utilisez les passages de secours ! Sauvez-le plus d'hommes que vous pourrez ! GROUILLEZ VOUS ! »

Sans plus attendre il se retourna et parti comme une balle. J'entendis avec soulagement mes ordres retentir dans la bâtisse. J'espérais de tout mon être que tous ne périraient pas ce soir, car je savais qui était notre ennemi. L'armée. L'état lui-même. Il nous attaquait en personne en passant par leur puissante armée. La seule vraie question qui subsistait était... Pourquoi ?

Des coups de feu éclatèrent sans sommation. Le message était clair. Ils allaient nous anéantir. On ne pouvait rien faire contre eux. Quelques gars, les plus fidèles et ceux qui n'avaient rien à perdre restèrent pour défendre les lieux. Les autres partirent pour tenter de rester en vie assez longtemps pour quitter l'enfer qu'allait bientôt devenir l'endroit.

Je fis quelques pas vers un coffre dans le fond de la pièce qui contenait un certain nombre d'armes. Pas forcément mes favorites, mais les plus utiles dans ce genre de situation. Je me saisis de plusieurs d'entre elle, les plus dévastatrices que je puisse trouver, puis je tirais mon bureau en bois massif pour le placer dans un angle avantageux par rapport à la porte, et le fit basculer vers l'avant. J'allais peut-être me faire descendre, mais pas sans me battre. Un capitaine ne quitte jamais son navire n'est-ce pas ? J'avais bien l'intention de rester jusqu'à la fin. De toute façon, après un tel coup, j'allais être fini, alors autant périr dans la fierté d'avoir résisté jusqu'à la fin.

Les premiers assaillants qui entrèrent ne comprirent pas d'où provenaient les balles qui les transpercèrent. Les suivant tirèrent dans ma direction mais n'eurent pas plus de chance. Il y eu un moment de calme, et j'entendis quelque chose tomber sur le sol. Le groupe suivant avait été moins bête et n'avait même pas tenté d'entrer. Il avait simplement dégoupillé et lancé une grenade dans la pièce.

Allé savoir si c'est la folie, le stress, la bêtise ou l'instinct de survie, mais ma seule réaction fut de courir de toutes mes forces et de sauter par la fenêtre restée ouverte. Une grosse détonation me vrilla les tympans et une déflagration me propulsa à plusieurs mètres de là.

[...]

Mes oreilles bourdonnaient. J'entendais quelques cris et des détonations, mais j'avais l'impression que tout ça se passait à des kilomètres de là. L'écho lointain d'une bataille sanglante.

J'étais allongé. Je n'arrivais pas à bouger. Je ne sentais plus du tout mon corps. Plus aucun de mes muscles n'étaient en état de marche et mes sens étaient vrillés. Je ne voyais qu'à travers un brouillard épais, j'étendais comme si j'avais la tête plongé dans du coton et mes trois autres sens avaient tout simplement disparu. Je souffrais énormément, à vrai dire, je n'étais qu'une grosse boule de douleur. J'avais du mal à respirer, à chaque fois que ma cage thoracique se soulevait, j'avais l'impression que l'on m'enfonçait des poignards dans tout le haut du corps. J'avais une terrible envie de tousser, mais je la réprimais de toutes mes forces, la douleur que cela entraînerait me renverrais au royaume de l'inconscience à coup sûr.

Pourtant, dans ce brouillard ambiant, une voix réussie à atteindre mon cerveau. Une voix que je connaissais bien, la sienne... Qu'est ce qui pouvait bien faire la celui-là... Je me concentrais du mieux que je le pouvais pour capter le sens de ses paroles.

« Je vous avais dit de ne pas l’abîmer ! Regarder dans quel état il est franchement ! S'il meurt vous n'aurez pas fini d'entendre parler de moi ! »

Je ne comprenais... Rien. Mes yeux se fermèrent, mes paupières étaient bien trop lourdes pour que je parvienne à les garder levées. Soudain, sa voix se fit beaucoup plus proche, je crois qu'il était en fait juste à côté de mon oreille.

« Je l'emmène, comme convenu. Pour le reste, faites comme bon vous semble. Bien... Ne t'en fais pas, je ne te laisserais pas mourir. »

Dans l'état dans lequel je me trouvais, cette remarque aurait dû me rassurer. Malheureusement, ce ne fut pas du tout le cas, au vu de la phrase qui suivit...

« Maintenant tu auras tout le temps nécessaire pour moi n'est-ce pas ?... »

Ce fut les derniers mots que j'entendis avant de perdre connaissance...


La renaissance

Lorsque je repris conscience, j'étais dans un lit d'hôpital. Un « bip, bip » régulier venait frapper mon crane affreusement douloureux. J'étais seul dans la chambre d'un blanc immaculé. Des machines en tout genre m'entourais, branchées à moi ici et là. J'essayais de bouger, mais j'étais encore bien trop assommé pour ça. Je parvins tout de même à bouger mes bras, mes mains, même mes jambes. Voilà qui était rassurant, tous mes membres semblaient fonctionnels. Je levais mes mains au-dessus de mes yeux pour les découvrir entièrement recouvertes de bandages. Je voyais un peu flou, mais ce n'était pas grand-chose, mes capacités cognitives ne semblaient pas embrumées. D'ailleurs, je me remémorais sans trop de difficultés ce qui était arrivé au manoir... Merde... alors ce n'était pas un rêve... J'avais sérieusement l'impression d'être passé dans la quatrième dimension.

Après un long moment sans bouger, je me sentais assez courageux et déterminé pour tenter de me redresser en position assise. J'y parvins, après quelques minutes de lutte intenses et nombre de gestes maladroit. Mais c'était fait. Je soulevais le drap et la couverture qui me camouflaient pour contempler dans quel état je me trouvais. J'étais presque intégralement recouvert de bandes, mais c'était tout. Cela dit, je me trouvais bien maigre.

Il commença petit cela dit, énumérant d'abord l'étendue de mes blessures. Je n'avais rien de très grave celons lui, un léger enfoncement de la cage thoracique, quelques côtes brisées ou fêlées, mais aucunes n'ayant transpercées d'organes vitaux. Une épaule démise, mais qui c'était déjà bien remise apparemment, une cheville foulée, bien soignée elle aussi, mais surtout, des brulures sur l'entièreté du corps. C'était pour ça tous ces bandages. En gros, vu la chute que j'avais faite, j'avais juste eu énormément de chance de ne pas avoir eu de blessures plus conséquentes. Il enchaina, m'expliquant en bon médecin les soins que l'on m'avait prodigués. Coma artificiel pour pallier aux douleurs des brûlures, greffe de peau, ce genre de choses... Pour finir par le fait que pour mon bien, une meilleure chance de survie et une cicatrisation optimale, il avait fini par... me... transformer...

Impossible. Je ne pouvais pas y croire, je ne voulais pas y croire, c'était juste... non, je ne pouvais être un... ce... Une chose pareille... Je passais immédiatement ma langue sur mes dents, pour sentir mes canines effectivement plus longues qu'à l'ordinaire... je vivais peut-être là le plus grand traumatisme de mon existence... Comment avait-il pu... Faire une telle chose... J'aurais préféré qu'il me laisse crever plutôt que d'être obligé de vivre une vie de suceur de sang, reclus dans les villes souterraines, condamné à ne sortir que de nuit...

Il est parti, voyant que je ne réagissais plus du tout à ces paroles, trop choqué pour même songer à lui sauter immédiatement à la gorge. J'avais besoin de temps pour me remettre du choc... j'avais besoin de faire le point, de me faire à l'idée si c'était possible, d'encaisser la réalité qui m'arrivait en pleine face... J'étais devenu... Un vampire...

[...]

Le lendemain, le choc était passé, mais je n'étais pas prêt à accepter ma nouvelle condition. Ce type repassa pour prendre de mes nouvelles apparemment et semblait étrangement satisfait de me voir dans un tel état. À vrai dire, avec cette histoire, j'avais temporairement arrêté de me poser des questions et même de tout simplement repenser aux derniers évènements désastreux qu'avait subis mon organisation. J'étais plutôt... déprimé, mou, sans plus aucune envie autre qu'on me foute la paix et que quelqu'un me sorte de ce monde surréaliste. Mais ce vampire ne comptait pas me laisser tranquille, ça non, l'occasion était trop belle pour ne pas chercher à me mettre encore plus bas que terre. Je pensais être au plus bas de mon moral, mais je m'étais trompé, je pouvais plonger encore beaucoup plus profond.

Pour ce faire, il n'eut pas besoin de grand-chose. Simplement de me raconter la vérité sur tout ça. Les choses que j'avais occultées, surpassé par le sentiment atroce d'être devenu un « mort vivant » me revinrent en tête au galop. Ce qu'il m'apprit ce jour-là... Je n'oublierais jamais ses paroles, ses sourires supérieurs, son air serein et heureux, cette impression de puissance qui se dégageait de lui alors que j'étais impuissant, sur ce lit d'hôpital...

La réalité, jamais dans mes rêves les plus tordus je n'aurais pu l'imaginer. Voilà ce qu'il en était :

Tout ça était fictif, depuis le début. Enfin, depuis mon entrée dans le monde du crime organisé. Cette ascension fulgurante, ces facilités à atteindre les sommets, à se faire une place, un nom, à gagner nos batailles et notre notoriété. Tout était factice. Je n'avais été rien d'autre qu'un joli petit pantin, utilisé à mon insu, on ne peut plus manipuler et manipulable entre les mains d'un gouvernement sournois et corrompu. Une chose simplement mise à profit dans le but d'effectuer les sales boulot. Oh oui, ça arrangeait bien les dirigeant de rejeter la faute sur d'horrible criminel alors que les disparitions de telle ou telle personne leur était directement profitable. Je n'étais rien, du début jusqu'à la fin. Rien d'autre qu'une poupée. L'élément le plus malléable d'une gigantesque farce.

En y réfléchissant bien, j'aurais dû le savoir. À quoi je m'attendais au juste ? J'aurais dû me méfier, me douter de quelque chose. Personne n'arrive à une telle puissance à un âge aussi jeune que le miens. J'aurais dû voir et comprendre que quelque chose n'allait pas, qu'une aide extérieur me faisait avancer dans ce milieu a pas de géant. Mais non, pris dans l'euphorie de la chose, j'avais simplement cru au destin et à ma chance. Ce que je pouvais être naïf. Mais la descente aux enfers n'était pas terminée. Lorsque j'eus le malheur d'ouvrir la bouche pour demander pourquoi ? Pourquoi maintenant, pourquoi de cette façon ? Ce que j'entendis me glaça le sang.

Il me répondit que tout était de ma seule et entière faute. Si je n'avais pas été condescendant avec lui, les choses se seraient peut-être passées autrement. Il était au courant, dans le coup depuis le début, et suite à mon comportement ingrat alors même qu'il m'avait personnellement choisi pour tenir le rôle de chef de cette mascarade, il avait décidé de m'extirper de là de la meilleure façon possible. La plus efficace. La destruction pure et simple de ce monde. De mon monde. Il avait prévenu ses supérieurs et acolytes que les choses commençaient à échapper à leur contrôle, que je me doutais de quelque chose et avait entreprit des recherche, qu'il était temps de nous anéantir. Coup double pour le régime du pays, on supprime les preuves et les témoins tout en passant pour des héros aux yeux de la population, ayant démantelé un vaste réseau mafieux qui faisait tant de mal en ce bas monde...

Ecoeurant. Frustrant. Incroyable. Impossible. Des tonnes de qualificatifs me passèrent par la tête, mais aucun d'entre eux n'était assez fort pour décrire ce que je ressentais, ce que je vivais à cet instant. Cette sensation de déchéance...


Apprendre et réapprendre...

Combien de temps suis-je resté ainsi ? Impuissant, vide, sans plus aucune volonté. Je n'en sais rien, je n'ai ni compté les jours, ni les semaines ou même les mois... J'étais devenu définitivement sans vie. Plus aucune flamme ne brulait dans mes yeux ou mon âme, plus rien. Chaque jour, il venait, essayait de me parler, de me toucher, de me faire réagir, de me faire tomber un peu plus sous son emprise. J'étais tellement défait que j'en étais inatteignable, complètement imperméable à ce qu'il se passait autour de moi. Une chose de plus qui a dû m'être salvateur...

Puis un beau jour, tellement semblable à tous les autres, il m'annonça que le temps était venu pour moi d'apprendre à me nourrir seul. Jusque-là, les perfusions s'en chargeaient très bien. Comment se nourrissait un vampire ? Je ne le savais que trop bien pour avoir servi de nourriture moi-même. Une telle créature buvait du sang. Du sang humain. Du sang chaud, suave et poisseux. Quelle horreur, je ne pourrais jamais ingurgiter une telle chose... Du moins, je le pensais.

Enfermé dans cette chambre, chaque jour l'on me présentait des poches de sang. D'abord, du sang synthétique en majorité. Je me refusais purement et simplement d'y gouter. Puis l'on me proposa du sang humain à 100%. Je rechignais encore plus à le boire. Puis l'on m'amena carrément des humains. Des fanatiques de vampires qui seraient des plus heureux à se faire sucer le sang. Celui qui m'avait fait ça cherchais le meilleur moyen de m'atteindre, de me donner envie, de réveiller mes nouveaux instincts. Il me surveillait, cherchant la faille, attendant impatiemment le jour où je craquerais. La première semaine, je résistais sans trop de difficultés. J'avais faim, mais sans plus. Mais au terme de ces sept premiers jours, les choses devinrent bien plus dures à gérer. Au dixième jour, la faim me tenaillait terriblement, j'avais du mal à contenir les excès de colère qui me prenait parfois. Au treizième jour, j'avais l'impression de devenir fou. Les pulsions que je ressentais étaient tellement puissantes que j'étais obligé de me faire mal, de me griffer, de me mordre, pour me retenir de sauter à la gorge de pauvres inconnus. J'étais prostré là, dans un coin de la pièce, me faisant violence pour tenter de garder cette part d'humanité en moi qui me hurlait de ne pas faire ça. Au quinzième jour... j'ai cédé.

Je n'en pouvais plus, j'étais tellement affamé... Toute ma volonté n'y fit rien, lorsque la jeune femme qui se trouvait là se trancha lentement le poignet, sur ordre de cet homme, et fit couler son sang... Lorsque cette odeur vint titiller mes narines, lorsque je vis ce liquide rouge et précieux quitter son corps... Je me jetais à ses pieds, attrapant son bras, suçant autant que je le pouvais, m'abreuvant, étanchant enfin cette soif qui me tordait les tripes et m'embrouillait les sens... Ma raison avait disparu en même temps que mon humanité... Cela dit, ceci eu pour effet de me faire me réveiller. Ce fut un peu comme une grosse prise de conscience. J'ai soudainement ouvert les yeux sur ma situation, l'endroit où je me trouvais enfermé depuis bien trop longtemps sans doute, l'homme qui m'avait tout pris qui était toujours là, sans arrêt, essayant de me faire tomber à ses pieds. Détruire pour mieux régner, voilà quelle était sa technique. Je refusais d'être son jouet, son esclave, je refusais la nouvelle condition que l'on m'avait octroyée, je refusais ce que j'étais en train de faire, à savoir boire une personne, et surtout, j'étais maintenant empreint de la plus grande des certitudes : il fallait que je m'enfuis de là.

Mais pas si vite, pas sans rien. Non, j'allais apprendre à être un vampire, réapprendre à vivre. M'élancer ainsi au dehors sans avoir aucune idée de quoi faire ni comment le faire n'aurait aucun sens. Je suis donc resté, docile, obéissant, écoutant au doigt et à l'oeil les enseignements de cet homme, m'arrangeant comme je pouvais pour éviter les rapprochements trop grands qui me donnaient envie de l'égorger sur place... Ma haine revenait, toute cette colère enfouie refaisait lentement surface, animant peu à peu mon regard et mon âme. Ou plutôt, ce dégout profond et viscéral que j'avais de lui. Ce type m'inspirait tellement de perversion malsaine, de folie, de peur aussi... Quelqu'un d'aussi dérangé, il n'y avait que la mort qui pourrait m'en débarrasser. Et j'avais bien l'intention de m'en charger personnellement. Je gardais simplement cela pour plus tard, quand le moment serait venu.

En attendant, en bon élèves, j'appris à me nourrir correctement, à la bonne fréquence, à trouver des proies et à m'en nourrir sans les tuer, à comprendre où et comment me procurer des poches de sang en cas de disette humaine. J'appris où et comment chasser, comment rester discret, effacer mes traces pour ne pas être poursuivit par les autorités si une victime décidait de porter plainte. Je réappris à peu près tout ce qui pouvait paraitre des plus élémentaire : Comment se déplacer, où, à quelle heure, et j'en passe... Un peu comme lorsque j'étais enfant et que l'on m'avait entièrement rééduqué pour faire parti de la haute société. C'était le même genre d'exercice, simplement appliqué à une autre situation. Je n'allais pas faire partie d'une autre catégorie sociale, mais carrément d'une autre race, d'une espèce différente. Je n'étais plus un Homme. C'était terminé, j'étais un de ces... monstre suceur de sang... Je n'avais plus rien d'humain que l'apparence et cet espoir vain de garder malgré tout, un peu, un tout petit peu, de ce qu'était mon moi d'antan. Comme piégé dans cette confusion entre mon passé et mon désastreux présent, je gardais ancré en moi des réflexes purement inutiles comme le fait de respirer, de boire ou de manger...


La fuite.

Je m'étais imaginé ce moment tellement de fois, oh oui tellement ! Je me voyais en rêve, pénétrer dans son antre, l'attacher, le torturer pendant des heures et des heures, lui faisant ressentir toute la souffrance qu'il m'avait infligée, le laissant agoniser des jours entiers. Je m'imaginais lui infliger les tortures les plus atroces, les plus folles, les plus variés, jusqu'à ce qu'il crève enfin brisé, ayant perdu son si agaçant petit sourire. Je me voyais cracher sur son corps sans vie, le découper en morceaux, jetant de petits bouts de lui dans les rues. Ah oui, quelle jouissance, quel sentiment de toute-puissance, quelle vengeance exquise que celle-ci ! Malheureusement pour moi, tout ceci n'arriva jamais. Pourquoi ? Parce qu'à force de me voir si gentil et docile, la méfiance de ses sous-fifre c'était effrité, parce qu'il me surveillait un peu moins étroitement, parce que toute une série d'erreur m'avait un soir créé la meilleure des opportunités pour m'enfuir et parce que je l'avais saisis, ne sachant que trop bien qu'une telle chose ne se reproduirait pas de sitôt.

J'avais saisi ma chance, j'étais parti. Tant pis pour mon doux rêve de châtiment, à cet instant, j'avais décidé de ne pas jouer avec le feu et de simplement sauver ma peau. Je ne savais que trop bien que dès qu'il s'apercevrait de mon absence, il se mettrait à ma poursuite. C'est pour cela que je ne me suis pas retourné une seule fois, que j'ai foncé tête la première vers ma libération. Le problème, c'était qu'en tant que vampire, je ne pouvais me déplacer que de nuit et que lui avait à sa botte des humains en pleine capacité de mener des recherches de jour. La question des planques était donc la plus délicate, la plus essentielle à ma survie dans un monde « libre » et celle qui me rendait le plus paranoïaque. Par chance ou peut être par intelligence, ils ne m'ont jamais trouvé.

Je bougeais sans arrêt. La première année, je ne restais jamais plus de deux jours au même endroit. Puis peu à peu, le temps passa, j'étais un peu plus rassuré. J'avais quitté mon pays natal d'Europe de l'est pour me diriger vers l'ouest. J'ai parcouru beaucoup de zones différentes, beaucoup de pays. Mes séjours s'allongèrent à une semaine. Puis je décidais de changer de continent pour plus de sécurité et je m'envolais vers l'Amérique du Sud. Encore plus assuré, je m'accordais des délais de deux mois avant de changer de ville ou de pays. Je remontais peu à peu vers les états unis. Je restais six mois au Mexique avant de passer enfin la frontière. Mes séjours s'allongèrent encore et je restais une année entière dans un endroit avant d'en changer. J'étais moins méfiant, moins inquiet, mais connaissant la folie de cet homme, je savais qu'il était capable de passer sa vie entière à me traquer. Ainsi, je restais sédentaire de plus en plus longtemps, je ne cessais pas pour autant mes déménagements.

J'ai fini par débarquer dans une ville appelée Midnight, particulièrement bien agencé pour la vie des vampires. Ce n'était pas la meilleure ville dans laquelle j'eus séjourné, mais elle avait ce petit charme qui me retint. Cela va faire deux ans maintenant que j'y séjourne. J'y ai trouvé un emploi stable et ma foi plutôt bien payé. Je ne connais personne, personne ne me connait. Je suis un anonyme parmi tant d'autre et ce n'est pas pour me déplaire. J'ai songé à la quitter il y a peu, mais après 13 ans de fuite, ma terreur de me retrouver en face de cet homme c'est estompé. J'espère profondément qu'il s'est découragé, ou même mieux, qu'il m'a oublié ! J'ai changé tellement de fois de continent, de pays, de ville, d'emplois et même d'identité, que je ne vois pas comment il pourrait me retrouver aujourd'hui... Sauf si ce n'est peut-être par le plus affreux de hasard.

Bien entendu, je ne suis pas encore totalement en confiance. J'habite dans ce que l'on nomme communément une « cité container ». Dérivé de leur utilisation première, ils se sont avérés un excellent moyen de loger la population à moindres coût et moindre place. Des containers empilés les uns sur les autres, transformés en appartement. Ils sont en général habités par les étudiants ou servent de logements sociaux. Pour moi, ils s'avèrent idéals. Je n'entasse rien, je ne transporte pas les objets de mon passé avec moi, je ne décors pas les lieux que j'ai l'habitude de quitter rapidement. Si je dois partir en vitesse, je laisse tout sur place et je fuis. C'est donc la chose qui me convient le mieux.

Mon emploi ici ? Et bien j'ai trouvé une place providentielle de barman dans le cabaret le plus prisé de la ville. Le patron est plutôt sympa, généreux avec les employés qui travaillent bien, mais surtout, il ne pose jamais de questions malvenues. Peut-être à t'il senti en moi quelques choses de particulier, je ne sais pas, toujours est-il qu'il m'a placé à une position on ne peut plus importante de son établissement, me mettant dans la confidence de ses affaires frauduleuses. Étrange que je retombe dans des histoires louches de ce type. Manquerait plus que je me retrouve impliqué dans les histoires d'un quelconque réseau mafieux pour vérifier ma théorie : Le temps est une boucle, il tourne indéfiniment sur lui-même et nous amène à vivre encore et encore les mêmes expériences. J'ai été pauvre, puis riche, de nouveau pauvre et à la rue, de nouveau riche et important. Aujourd'hui me revoilà modeste et anonyme, mais demain...
[Fin]

Appartement en question composés de deux containers acollés bout à bout :

Spoiler:
 

Sa famille : Inexistante


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MessageSujet: Re: Ryan Anderson   Lun 5 Nov - 22:10

Et bien, elle a mis le temps à voir le bout du tunnel... Mais ça en valait la peine !

J'ai adoré l'histoire. Super utilisation du contexte, effectivement, on a le fin mot de l'histoire... à la fin ! J'adore... Vraiment. En plus, ça te laisse beaucoup de possibilités... C'est vraiment super, je suis très content que tu sois mon petit employé ! Tu peux aller gambader joyeusement, mais attention, les loups rôdent à Midnights, et parfois là où on les attend le moins... 8D

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