Blood Diary
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 La mégère au bois dormant & le prince cuvant

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Jesper Ejlersen
Petit Edelweiss
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MessageSujet: La mégère au bois dormant & le prince cuvant   Ven 30 Nov - 19:17

L’air glacial de la nuit le cueillit dès la sortie du bar, s’engouffrant vicieusement dans les interstices de ses vêtements. Les bourrasques d’hivers eurent au moins le mérite de le dégriser un peu. Suffisamment pour qu’il songe une seconde à rallumer son portable. Et surtout, qu’il s’en abstienne, au final. Vu l’heure, plus que tardive, et le fait qu’il ait joué les autistes toute la soirée, Jesper devinait d’avance le genre de messages incendiaires qui pouvaient pulluler sur sa boite vocale.

Ou, plus vraisemblablement, une unique phrase assassine prononcée sur ce ton si mélodieux et doux qu’ont les allemands. Une vraie petite berceuse.

Souriant à demi, le danois releva le col de son manteau en frissonnant. Le froid mordait son visage, achevant de le tirer peu à peu de la torpeur dans laquelle sa consommation abusive d’alcool du soir l’avait plongé jusque-là. A pas lents, il entreprit de remonter le dédale des rues, quasi désertes, jusqu’à son appartement.

Enfin, celui qu’il occupait avec Louise. Le dragon devait dormir à cette heure-ci. Les nuits de relâche, la Loreleï en profitait souvent pour s’offrir le luxe de rien faire, affalée sur le canapé ou occupée à ces rituels de beauté, typiquement féminins, interminables, que Jesper trouvaient inutiles et auxquels il n’entendait rien. Elle dormait beaucoup aussi, ces jours-là. Ce qu’il pouvait largement comprendre, étant soumis au même rythme de vie éreintant que le sien. Avec un peu de chance donc, il parviendrait à se glisser dans l’antre de la bête sans attirer son attention. Et éviter de subir ses foudres au moins jusqu’au lendemain matin.

La lueur électrique de la devanture d’une boutique attira son attention. Jesper s’arrêta un instant devant la vitrine, débordante d’une profusion hétéroclite d’articles anciens. L’un d’eux en particulier éveilla son intérêt. L’antiquaire était encore ouvert à cette heure, comme beaucoup d’autres commerçants de la ville. Il poussa la porte de l’échoppe et fut accueilli par le sourire aimable d’un homme à l’âge indéfinissable. A l’image des objets qu’il vendait, le temps semblait s’être arrêté de couler pour lui. Malgré l’amertume qui l’envahit à cette pensée, le danois lui rendit son sourire et passa commande sans délais. S’attarder en ces lieux hors du temps signifiait sentir douloureusement revenir la conscience de sa propre mortalité à chaque seconde qui s’égrenait. Précisément ce qu’il avait cherché à oublier cette nuit, dans les reflets ambrés de l’alcool.

Le paquet soigneusement emballé sous son bras, il s’acquitta de la somme à payer et abandonna sans regrets l’atmosphère poussiéreuse du magasin. Le reste du chemin de retour, il le passa à chasser les pensées parasites nées dans cet antre. Aussi agaçantes et funestes que les mouches qui tournent autour d’une charogne, elles rodaient à l’orée de son esprit, attendant un instant de faiblesse pour l’envahir et gâcher sans pitié l’humeur a peu près sereine qu’il avait fini par gagner à grands renforts de narcotique liquide.

La porte de l’appartement s’ouvrit dans un léger grincement. Une grimace effleura ses traits, tandis qu’il guettait l’apparition d’un bruit significatif dans le silence ambiant. Rien ne vint. Elle ne devait pas l’avoir entendu. Jesper se glissa promptement dans l’entrée et refermera derrière lui avec précaution. Il se défit de sa veste, l’envoya doucement choir sur le canapé et sema petit à petit l’intégralité de ses vêtements derrière lui, balisant avec le chemin vers la salle de bain. Une douche rapide effacerait l’odeur de fumée et d’alcool qui lui collait à la peau. Même s’il savait pertinemment que Louise ne serait pas dupe.

Il se sécha rapidement, s’attardant un peu plus sur ses cheveux, longueur oblige. Puis, à même la peau, enfila un ample pantalon de lin noir, à la coupe semblable à celle d’un kimono, mais plus léger. Pieds nus, il retourna au salon, récupérer le paquet abandonné sur la table basse avant de progresser dans les ténèbres vers la chambre de la danseuse. La porte était entrouverte. Elle pivota sans gémir. Les lattes du vieux parquet émirent quelques couinements étouffés tandis qu’il rejoignait le lit massif qui occupait la majeure partie de la pièce. Nul besoin de repères, son corps avait mémorisé depuis longtemps la disposition des meubles.

Elle ne bougeait pas. Seule sa respiration tranquille trahissait sa présence. D’un geste prudent, Jesper souleva le drap pour venir se glisser derrière elle. La chaleur de sa peau se mêla lentement à la sienne, à mesure que sa silhouette venait épouser les formes graciles de la dormeuse. Il passa un bras par-dessus sa hanche, déposa le paquet à côté d’elle et l’enlaça. Le papier kraft enveloppait une édition ancienne des Contes de l’enfance et du foyer, des frères Grimm, en langue allemande.

Le visage enfoui dans la marée rouge de sa chevelure, il esquissa un demi-sourire. Elle finirait par se réveiller. Se retournerait pour lui lancer un regard de Gorgone furibonde. Le genre de regard qui disait en substance : Casses-toi de là, macaque ! Hors de question que je touche à ton haricot magique, mon cochon. Touches moi encore, d’ailleurs, et je t’émascule. On peut savoir où tu trainais encore ? Lui y répondrait en levant les yeux au ciel, d’un air aussi impatient que blasé. Et l’affrontement commencerait.

Sans cesser de sourire, il déposa un léger baiser au bas de sa nuque. Inspira le parfum velouté qui s’attardait à la surface de sa peau, profitant pleinement de ces dernières secondes où le silence n’était troublé que par le murmure ténu de leurs respirations… Le calme avant la tempête.
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Yelena Volynski
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MessageSujet: Re: La mégère au bois dormant & le prince cuvant   Sam 1 Déc - 1:16

    19h45. Jesper savait que quinze minute plus tard, Louise aimait manger. A ce moment précis, elle était descendue à la cave. Rivée à ses lèvres, une poche se vidait à vive allure. Méthodiquement, elle la pinçait, la roulait et la pliait, en retirant tout le précieux nectar. Parfois, un petit soupir suivait une déglutition, tandis que son rythme d'aspiration s'apaisait. Quinze minutes, c'était assez pour se caler un peu l'estomac. Après son repas de sang, elle pouvait faire mine d'être réellement repue après son repas, lorsque son colocataire était dans les parages. Pas de grondement intempestif d'estomac, pas d'envie de l'égorger... C'était le genre de chose à éviter, avec un humain.

    20h02. Louise raccrocha son portable, yeux plissés et un poing sur la hanche, les dents serrées. Elle venait de laisser un message à Jesper. Court. Comprenant des détails si son retard persistait. Des détails incluant l'introduction d'étranges choses dans des orifices pas forcément destinés à cet usage. Après les nazis de la grammaire, Louise était en route pour être une SS de la ponctualité. A tous les coups, il était dans un bar, ou avec une greluche et il ne l'avait pas prévenue. Résultat des courses, elle avait fait trop à manger. Même si le terme « à manger » restait douteux entre les mains de Louise, elle détestait sortir plus de quantité que prévu. Et manger seule, elle le faisait bien assez.

    De dépit, elle replaça leurs dîners au réfrigérateur en grommelant. Il ne serait pas là. Encore. Ses mains pâles peignèrent ses cheveux rouges, nerveusement, d'agacement. Insupportable balafré. Elle donna un coup de pied dans une paire de talons près de la porte d'entrée, les envoyant valser dans la pièce, jusqu'à heurter une plinthe blanche. Un long frisson familier lui dévala la colonne vertébrale. Elle saisit un sac poubelle et un gilet qu'elle enfila par dessus son débardeur. Dans les escaliers, elle ne croisa pas un chat, jeta son habituelle poubelle avant de descendre à la cave.

    Il y avait dans ce petit réfrigérateur quelques poches de sang. Certaines, elle allait les chercher discrètement et ne les consommait pas immédiatement. En général, le sang devenait vite plus insipide qu'il était permis, mais elle le buvait quant même. Et tout son petit stock y passa presque. De rage, elle en descendit plus que nécessaire, au point de sentir la torpeur l'envahir. C'était souvent ce qui arrivait, après trop de sang, chez la dhampire. Si bien qu'en remontant, elle prit un long bain chaud qui termina de l'achever. Mais pas avant d'avoir terminé son petit rituel, quand Jesper l'exaspérait, au bas mot. Elle enfila le pyjama le plus affreux, le plus épais qu'elle avait et se glissa dans ses draps à la parure prune. Se calant le crâne contre la tête de lit légèrement rembourrée, elle finit par retirer le bas, ne laissant qu'un shorty confortable. Les draps tenaient trop chaud pour qu'elle s'étouffe seule à cause du trou vivant qui lui servait de coloc'.

    Bruits de pas hors de l'appartement. Louise s'installa sur le côté, tournant le dos à l'autre côté du lit, yeux entrouverts, et éteignit la lumière. Un grincement. Si il ne gloussait pas dans l'entrée, il avait des chances qu'elle ne bondisse pas du lit en lui ordonnant de la fermer. Rien. Apparemment, il venait de se faxer dans l'appartement avec autant de discrétion que du papier à cigarette. Douche... Il espérait peut-être venir, tout frétillant en remuant de la... Les dents de Louise se mirent à grincer brièvement mais s'interrompirent tandis qu'il quittait l'antre humide. Peine perdue pour en trouver un autre ce soir. Yeux grands ouverts, elle tendait l'oreille à chacun de ses mouvements. Depuis le lit, elle sentit flotter une odeur sale, alcoolisée, des relents écœurants venant du salon. Il aurait pu être malade sur la causeuse toute blanche, l'odeur n'aurait pas été pire. Bon. Si, peut-être. Et le sale puant se frotta alors contre elle. Le gueux ! C'était un personnage malodorant, et l'odeur du gel douche n'y changerait rien.

    Louise compta jusqu'à dix, yeux ouverts dans l'obscurité. A dix, son petit plan était parfaitement établi dans sa tête. Elle ferma les yeux, et dans un petit gémissement étouffé de sommeil, se retourna pour lui faire face. Son haleine était encore marquée par tous les verres. La fétidité de son odeur était comme un ver sous la peau. Louise la sentait ramper, mais elle n'était plus exactement là, à proprement parler, sur l'épiderme de Jesper.

    Second soupir. Elle entrouvrit les yeux et passa sa jambe par dessus celles de l'acrobate, dans une position intime et complice de jeune couple. Sa main se glissa dans les cheveux encore à peine humides, juste à l'arrière de sa tête.

    - Tu es rentré... roucoula Louise, sa voix caressant presque les ténèbres tant elle était douce.

    Elle raffermit sa prise, sa main saisissant une pleine poignée de cheveux blancs et tirant en se redressant. Louise perdit toute douceur et sa voix se teinta de son cher accent, celui avec lequel même les mots d'amour semblaient parfois des ordres ou des insultes. Mais elle l'aimait, sa langue natale.

    - …regarde à quelle heure, DU WIXERT ! T'étais encore dans un bar miteux avec une sale pouffe ! Avoue-le, ARSCHLOCH ! Geilschwein, va t'habiller et t'étouffer avec la langue d'une autre ! Ou pire, avec sa...

    Louise ne termina pas sa phrase, débitée à grande vitesse, et se contenta de serrer la main plus fort pour lui tirer douloureusement sur les cheveux.

    - Vire de là, trouve toi une abrutie pour te palucher, je suis pas un self service ! grogna Louise en le lâchant rageusement, ce qui eût pour effet de faire tomber le paquet au sol dans un bruit sourd.

    La rousse se pencha, sans oublier de lancer un œil rageur à Jesper malgré l'obscurité et récupéra, à tâtons, l'objet emballé. En profitant pour allumer la lumière qui l'éblouit brièvement.

    - C'est quoi ça ? aboya Louise. Tu voulais m'acheter en plus ? Mais tu me prends pour une traînée en plus ?! Dégage ! conclut l'allemande qui n'avait finalement cessé de vociférer sur le danois pendant plusieurs minutes, usant d'un coup de pied au niveau de ses genoux pour lui montrer que le lit aux allures antiques n'était clairement pas un endroit où il était bienvenu.
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Jesper Ejlersen
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MessageSujet: Re: La mégère au bois dormant & le prince cuvant   Sam 1 Déc - 20:19

— Sut djævlepik i helvede, skør … grogna tout bas Jesper en se frottant le crâne, après que les doigts de la harpie aient enfin cessé de prendre ses tifs pour une touffe de mauvaises herbes. Il n’était pas certain qu’elle ait entendu, étant donné que la furie rousse persistait à l’insulter copieusement. Ni même qu’elle ait compris, le cas échéant. Mieux valait sans doute que ces tendres paroles soient passées à la trappe, sachant qu’il venait de l’envoyer faire une gâterie au diable en la traitant de cinglée. Les quelques cours de danois que Jesper lui avait dispensés n’incluaient pas vraiment ce genre de termes littéraires. Et c’était une bonne chose.

A demi redressé sur le lit, le blond continuait à se masser le crâne en essuyant les reproches fleuris et les coups de pieds enragés de la danseuse. L’agacement commençait à l’emporter doucement, mais sûrement, sur sa surprise et son amusement initial. Avait-il crut à un miracle, en la voyant se montrer plus enjôleuse que prévu ? Pas vraiment. Seulement, la suite des évènements dépassait largement ses prévisions.

Il fronça les sourcils en entendant sa dernière accusation. Une expression glaciale se peignit instantanément sur ses traits fatigués.

Qu’elle gueule comme un putois parce qu’il rentrait à une heure indue, passe encore. Bien qu’elle n’eut strictement aucune prérogative à revendiquer à ce sujet, Jesper pouvait éventuellement comprendre de la voir agacée ou inquiète lorsqu’il désertait sans prévenir. C’était même plutôt touchant. D’une manière assez tordue mais malgré tout, cela demeurait une preuve que Louise se souciait réellement de lui. Ce qui le faisait régulièrement sourire et n’avait d’autre effet que de la rendre plus furieuse encore.

Qu’elle le compare à un porc en rut, avec pour seule idée en tête de sauter la première venue… même sans raison, il pouvait encore le tolérer. Entre autre parce que lui non plus n’appréciait pas vraiment de la savoir avec un autre. Un curieux sentiment de possessivité à l’égard de celle qui était une amie ; une amante parfois ; et théoriquement rien de plus.

Qu’elle s’imagine qu’il était venu la rejoindre dans l’unique but de profiter de ses bonnes grâces… ça commençait à faire beaucoup. D’autant que cette idée ne lui avait pas traversé l’esprit une seule seconde. Mais cette buse hargneuse semblait incapable d’imaginer l’envie de sentir sa présence, sa chaleur, comme un motif plausible expliquant sa visite nocturne. Non, Jesper était un mâle et donc, fatalement, un sac d’hormones sur pattes, en perpétuelle ébullition. S’en était presque vexant.

Mais ses derniers mots… Un froid polaire animait ses prunelles lorsqu’il darda le regard droit dans celui de Louise.

— Couché, Cerbère. Tu vas arrêter d’aboyer deux secondes comme un putain de doberman, ou il faut que j’aille chercher ta muselière ?

Le ton employé demeurait certes calme, mais sa froideur reflétait l’étendue de son irritation. Un rictus sardonique étira la commissure de ses lèvres, avant qu’il ne poursuive :

— Ca y est ? Le kapo a fini sa petite crise d’autorité ?

Le regard du danois se détourna un instant, pour venir se poser sur le livre, encore reclus dans son emballage. Quel con. Dire qu’il avait pensé lui faire plaisir en rentrant avec un cadeau. Même pas pour quémander un quelconque pardon ou en espérant gagner ses faveurs. L’ouvrage lui avait instantanément fait penser à elle. Si loin de son pays ; de ses racines. Tout comme lui. L’exil était une des choses qui les rapprochaient. Une des bases de leur entente.

— Est-ce que je te prends pour une pute ? Je n’oserais pas, princesse. Virer ses fringues et se trémousser pour quelques billets, c’est tellement plus classe… Mais j’aurais peut-être dû aller en voir une, acheva Jesper en se penchant vers elle, avant d’attraper sèchement le col de l’immonde haut de pyjama dont elle s’était vêtue.

— Elle aurait toujours été plus avenante que toi… sur tous les points, siffla-t-il sur un ton aussi dédaigneux que narquois.

Ses doigts lâchèrent le tissu et il se détourna de Louise. Puis descendit du lit dont elle désirait si ardemment le chasser. D’un pas calme, le danois s’achemina vers la sortie. Malgré les apparences, ses muscles étaient crispés, tendus par la colère et le ressentiment. Rester dans cette pièce signifiait s’exposer au risque de perdre vraiment le contrôle de lui-même. Et dans pareilles circonstances, plutôt crever.

La haute silhouette de l’acrobate stoppa dans l’encadrement de la porte. Lui tournant toujours le dos, Jesper prit une légère inspiration, s’assurant par-là de pouvoir s’exprimer sur le ton le plus neutre possible.

— Bonne nuit quand même.

Il avait failli lui dire de prendre ce cadeau comme elle voulait ; que ce n’était pas lui qui perdait quelque chose dans l’histoire, hormis la somme dépensée pour son acquisition. Mais s’eut été en dire beaucoup trop. Le plaisir qu’il aurait pu prendre à la voir se décomposer en réalisant son erreur ne valait pas de s’exposer de la sorte. Surtout pas après la manière dont elle l’avait accueilli.

Sur ces mots, le danois disparut dans les ténèbres du couloir. Un bruit ténu annonça à la sorcière de l’ouest que sa victime s’était retirée dans ses propres quartiers. Eviter de claquer la porte lui avait coûté une quantité phénoménale de self-control. Jesper s’étendit sur le dessus de son lit, sans prendre la peine de défaire les draps. Les yeux rivés sur le plafond où dansaient les ombres projetées par la faible lueur filtrant à travers les rideaux, il ruminait silencieusement, espérant que le conflit en resterait là.

Au moins jusqu’à ce qu’il ait digéré les choses et put reprendre entièrement son calme.


Dernière édition par Jesper Ejlersen le Mer 5 Déc - 10:07, édité 1 fois
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Yelena Volynski
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MessageSujet: Re: La mégère au bois dormant & le prince cuvant   Mar 4 Déc - 1:54

    Louise ne saisit pas sa première phrase, mais au vu du ton, ça ne concernait ni des petits chats, ni des fleurs, ni des pique-niques à la campagne, avec des papillons, de la salade de pâtes et de la limonade faite maison. En revanche, ce qu'elle n'arriva pas à avaler tout de suite fut la réaction de Jesper. D'habitude, il se contentait d'être indifférent, soufflait parfois, grognait légèrement et faisait un peu la gueule. Mais être aussi vindicatif, surtout verbalement, c'était plus rare. Jesper avait toujours été une crème. Petit déjeuner au lit, déjeuners dehors, goûters à la maison, si le four se décidait à marcher mieux que les mimines empotées de l'Allemande dont l'expression « je vais faire un gâteau » ne se terminait jamais avec un gâteau, ou du café. Les remarques piquantes, mais aimables lorsqu'elle décidait de récurer l'appartement, les regards complices devant le résidu de plat proposé par Louise, calciné jusqu'à n'être plus qu'un amas noir et rabougri. Jesper était très rarement énervé lorsqu'il lui parlait. Il avait la rage, l'insultait, la taquinait, la faisait chier, mais il était rarement en colère, tirant sur la méchanceté. Il se contentait de hurler une plaisanterie mal placée et s'enfuyait pour éviter le rouleau compresseur de la colère de la rousse qui manquait de balancer une lampe, ou une chaussure.

    Il quitta la pièce et Louise reprit son souffle. Il s'était interrompu ou presque lorsqu'il s'était approché. Il aurait pu l'embrasser rien que pour la faire enrager. Mais il avait craché des mots qui étaient un peu durs à encaisser. De sa part. De la part de quiconque. Ce soir, ce n’était apparemment pas le bon moment. Elle serra les dents, détourna le regard et resta dans le lit un moment. Au moment de se relever, le bruit du kraft légèrement éraflé la ramena à la réalité. Elle défit le paquet et observa d'un air interdit le livre.

    C'était un cadeau personnel. Il la connaissait. Beaucoup. Beaucoup trop... Ses yeux se mouillèrent et elle retint un grognement contre elle-même. Certes, elle avait été odieuse, mais à revenir bourré de la sorte, dans des états même pires, ça avait été la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase. Il lui aurait amené des fleurs, elle aurait trouvé un moyen de demander s’il mettait un bouquet sur la tombe de sa tranquillité d'esprit. Ou de sa fidélité, mais Louise n'était pas mesquine à ce point. Ou uniquement lorsqu'elle était sur sa lancée.

    Elle se leva, abandonnant les Frères sur son couvre lit et se dirigea vers la cuisine. Leur brave cafetière attendait la prochaine rasade. Louise avait investi dans un décaféiné capable de faire des cafés ristretto, même si elle le diluerait un peu plus que les soirs où la motivation pour aller au travail n'était pas là. L'odeur du café envahit la cuisine.

    *Bravo, au moins, ça, c'est pas raté.*

    Rater tout ce qui concernait la cuisine, c'était son plus grand défaut. Mais ce soir, si Dieu il y avait, il avait un peu de compassion pour Louise. Sortant deux tasses, elle prépara deux cafés, comme ils aimaient les boire. Avec un peu plus de sucre, peut-être, pour Jesper. Non pas que l'un ait été plus bec sucré que l'autre, mais c'était une petite compensation. La seconde...

    De retour dans sa chambre, Louise passa un débardeur satiné vert. Offert par l'acrobate. C'était peut-être un peu poussé, mais ce soir, Louise aussi avait été peut-être un peu trop hystérique. Chacun ses journées. Elle déposa sur un plateau de petits biscuits dits « danois ». Ils étaient peut-être inspirés du Danemark, mais ça restait de l'industriel. Malgré tout, Louise aimait ça et en mettait toujours sur ses plateaux de pardon. Les tasses rejoignirent la petite assiette et la dhampire, trop repue pour vraiment être en colère, se mit en marche vers la tanière de l'ours vexé. Elle prit tout de même le temps de toquer deux fois avant d'actionner la poignée, puis elle entra.

    Malgré l'obscurité, elle parvenait à distinguer les formes et trouva une partie du lit où Jesper n'était pas pour y poser son offrande en faveur de l'enterrement de la hache de guerre.

    - Merci, dit-elle alors simplement, d'une voix à peine plus audible qu'un murmure.

    D'un pas léger, Louise marcha le long du lit, du côté opposé à Jesper et s'y assit, un pied encore en contact avec le sol et l'autre replié sous ses fesses.

    - J'ai fait du café, mais les gâteaux... Enfin, tu sais.

    Un sourire agita le coin de ses lèvres. « Louise fait le gâteau » était une plaisanterie de longue date, aux yeux de Louise, à présent. Une habitude. Et elle savait que Jesper comprendrait immédiatement la référence.

    En tout cas, Louise marchait le plus calmement possible sur un chemin recouvert de clous, de tessons et d’œufs, avec pour défi éviter les omelettes-hérissons.

    - Dure journée ?
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Jesper Ejlersen
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MessageSujet: Re: La mégère au bois dormant & le prince cuvant   Mer 5 Déc - 22:48

Après qu’il eut quitté la chambre de Louise, le silence avait plané un moment sur l’appartement, le laissant seul avec ses ruminations et autres interrogations. La rousse ne viendrait pas déranger sa retraite anticipée, apparemment. Ce qui convenait parfaitement à Jesper, incertain de ne pas dépasser les bornes si, d’aventure, elle le titillait à nouveau sur le même thème. Confiné à ses pensées, le regard perdu dans le vague, il fixait le plafond sans réellement le voir. Et finit par s’assoupir, bercé par les sons lointains de la rue et le murmure régulier des appareils ménagers provenant de la cuisine. Le bruit de la machine à café ne le tira même pas de sa demi torpeur, pas plus qu’il ne réagit lorsque la porte de la chambre s’ouvrit et que la danseuse pénétra à l’intérieur, ses pas feutrés glissant souplement sur le parquet.

Ce fut le poids du plateau qui le ramena à la réalité. Avec la conscience de sa présence, vint l’aiguillon de l’instinct. Le danois faillit lui grogner de prendre ses cliques et ses claques et de virer ses miches de là sans tarder. Il ne l’avait clairement pas invitée et son café, elle pouvait se le carrer au cul. Ou se bruler la langue avec tiens. Ca éviterait au moins qu’elle persiffle à nouveau, pour le reste des courtes heures à venir avant l’aube.

Mais le timbre de la rousse se fit entendre avant qu’il ne crache ces mots, lui coupant l’herbe sous le pied. Un simple mot de remerciement. Chuchoté d’une voix fluette, presque hésitante. Un ton d’excuse déguisée. Après l’ardeur qu’elle avait mise à l’insulter copieusement, son attitude le surpris. Merci pour quoi ? Sans doute pas pour lui avoir rendu la politesse après son chaleureux accueil.

Le livre. Un léger soupir filtra entre les lèvres de l’acrobate, tandis qu’il se redressait avec précaution, pour ne pas renverser l’offrande déposée à côté de lui par Louise. Il se cala le plus confortablement possible, le dos contre la tête du lit, les reins soutenus par son oreiller. Et l’écouta parler, préférant cette fois garder la bouche close. Après tout, l’indifférence restait sa meilleure arme, en pareilles circonstances. Efficace et proprement agaçante, il le savait. Blessante aussi, parfois. A cet instant, l’acrobate jugeait encore que l’insolente méritait au moins d’affronter l’irritante situation de qui parle avec l’impression de s’adresser au vide.

Le problème, c’est qu’il ne put rester stoïque bien longtemps, devant l’arsenal déployé par sa colocataire. Oh, il lui en voulait toujours. Aucun doute à ce sujet. Mais résister aux images qu’elle évoquait relevait d’un sérieux challenge que ni sa fatigue, ni son taux d’alcoolémie n’aidaient à relever. Sans parler de sa nouvelle tenue. Ses bras, nerveusement croisés sur son torse l’instant d’avant, se relâchèrent et, dans la lumière artificielle projetée dans la pièce par les lampadaires au dehors, la traitresse put sans doute apercevoir qu’un sourire en coin venait d’apparaître sur le visage de Jesper.

Malgré tout, il demeura muet, songeant à toutes les fois où le diner était passé à la trappe grâce aux diversions savantes dont Louise avait le secret. Il avait fini par aimer les plats cramés et la cuisine à emporter. Parce qu’entre les deux se glissaient invariablement quelques heures dévolues au plaisir de la chair, sous une forme au moins aussi agréable que celle de la nourriture. Il ne perdait clairement pas au change, dans ces moments-là. Ses piètres talents de cuisinière, au fond, Jesper les louaient et les adoraient secrètement.

La question posée par la terreur des fourneaux lui plût beaucoup moins, par contre. Il n’avait aucune envie de revenir sur sa journée, pas plus que de s’étendre sur ce qui le tourmentait et l’avait poussé droit vers des rivages éthyliques. S’il avait voulu noyer le tout sous des flots de liqueur ambrée, ce n’était pas pour y faire du bouche à bouche et l’exposer en place publique.

— Sans commentaires, grogna-t-il pour seule réponse, sur un ton vaguement agacé.

Le blond s’étira lentement, secouant la tête pour achever de se tirer des limbes et affaiblir un peu le vertige dû à l’alcool. Puis il se saisit de la tasse de café qui lui était réservée, plaçant ses paumes en coupe autour du réceptacle, pour profiter pleinement de la chaleur qui s’en diffusait. L’odeur du breuvage lui chatouillait agréablement les narines, promesse d’une assistance providentielle dans sa lutte contre l’ivresse.

Après en avoir avalé une gorgée, toute trace de mécontentement avait déjà déserté ses traits. Les suivantes lui offrirent quelques secondes de répit, le temps de décider quels gestes faire… Quels mots prononcer… Quels sujets éviter.

La tasse retourna patienter tranquillement sur le plateau, à côté des gâteaux auxquels il n’avait pas touché pour sa part. Sans précipitation, toujours pour éviter de tremper le lit au jus décaféiné, Jesper quitta sa position de reclus et avança précautionneusement jusqu’à la bête temporairement apaisée. Jusqu’à se poster derrière elle, assit les jambes de part et d’autre de ses hanches. Il l’entoura de ses bras et l’attira contre lui, baissant la tête pour que son menton vienne reposer sur la frêle épaule de la danseuse.

— Tu n’étais pas obligée de te changer. Le pyjama de mère-grand te va comme un gant, commença-t-il sur le ton de la taquinerie. Et ta journée ?

Question bateau. Aux antipodes de celles qu’il aurait réellement fallu poser. L’art du déni, ça, Jesper maîtrisait. Autrement mieux que celui de la conversation, à cet instant précis. Il aurait dû s’excuser à son tour. Au moins pour ses paroles. Mais la perspective d’effleurer à nouveau le sujet de discorde et d’ébranler la paix fragile qui venait de s’installer entre eux l’en empêchait. Son orgueil aussi. Ainsi que le fond du problème lui-même, que le danois entendait éloigner le plus loin possible de cette chambre.

Un simple baiser sur la tempe de Louise clôtura donc son éloquent discours.
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Yelena Volynski
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MessageSujet: Re: La mégère au bois dormant & le prince cuvant   Mar 11 Déc - 14:54

    Dure devait être un euphémisme pour qu'il élude ainsi la question. Parfois, il y répondait par un magma informe d'explications destinées à perdre Louise plus qu'à lui répondre, mais aujourd'hui c'était apparemment plus pénible encore. Tout le monde était mal tombé, ce jour là. Louise et son problème avec l'alcool chez les autres, Jesper et sa journée de merde. C'était la totale. En même temps, l'alcool n'était une solution à rien. Elle faisait rire, elle rendait joyeux, mais c'était l'arbre vert qui cachait la forêt en flammes. Cette métaphore était un quotidien pour Jesper, et Louise aurait aimé le sortir de là. Mais c'était trop compliqué. Tout était compliqué entre eux, de toute manière. Depuis le jour où ils avaient emménagé ensemble, c'était compliqué. Leur cohabitation, leur passé, leur relation, leur manière d'être. Tous deux avaient quelque chose d'un peu fêlé à l'intérieur. Quelque chose qui avait été heurté trop fort et ne donnait plus rien que des réactions à la mesure du choc : Imprécises, brutales, sur fond d'une douleur muée en colère. Mais jamais une once de haine. Au moins, cette capacité à aimer était toujours intacte, même si elle était vue comme une sorte de tabou : Ils ne s'aimaient pas. Ils ne pouvaient pas s'aimer.

    Le contact de Jesper dans son dos l'apaisa. Brave cervelle, envoyant une bonne dose de dopamine et une once d'endorphine. Un frisson chatouilla la colonne vertébrale de Louise. Ses yeux mi-clos, elle apprécia toute l'étendue de la nuit. Sans la vue, il était plus facile de ressentir. Peu importe ce que Jesper regardait, comment était son visage : heureux, décomposé, contrit. Elle le sentait, contre elle, sentait son cœur battre et sa respiration élargir sa cage thoracique. Parmi les moments de grâce qu'elle vivait parfois, celui-ci était dans son top dix.

    - Je sais, mais j'avais trop chaud avec, plus la couette. Et il me gratte, de toute façon.

    La seconde partie était fausse, mais elle savait qu'en disant que le diable ne s'habillait pas toujours de cornes, de peau rouge, de pieds fourchus et d'une queue pointue, elle risquait, même de façon minime, de le vexer ou de l'énerver à nouveau. Et pour l'instant, le moment était trop agréable pour qu'elle l'asticote.

    - Journée de repos classique. Levée tard, mangé tard. J'ai reçu mes nouvelles chaussures, j'ai appelé la manucure pour demain matin. J'ai fais la lessive... Bonne petite femme d'intérieur, comme tu vois, ajouta Louise en riant.

    Parler pour ne pas laisser le silence s'installer. Non pas qu'il lui faisait peur, mais la dhampire savait pertinemment que le silence entre eux, dans une chambre plongée dans l'obscurité n'avait que deux issues. L'une impliquait de retirer tous leurs attributs et de se lancer dans une glorieuse ode à la vie et au plaisir, la seconde, en revanche, était le malaise. Ce lourd silence froid, celui qui suit les disputes. Celui qui met terriblement mal à l'aise, et que l'un finit souvent par rompre en s'éclaircissant la gorge et en prétextant quelque chose d'important à faire. Les silences étaient si multiples entre eux, autant que les secrets qu'ils ne partageaient pas.

    Comment réagirait-il si il découvrait que Louise était bien plus vieille qu'elle en avait l'air, qu'elle absorbait du sang en grande quantité, à moins de vouloir égorger un pauvre passant... ? Mieux valait attendre qu'il trouve une fille, gentille. Qui l'inviterait, pour toujours, à vivre avec elle. La mâchoire de Louise se serra légèrement et elle déglutit en saisissant une tasse fumante qu'elle avala presque entièrement.

    - Il paraît qu'il y a un marché de Noël, en ville. Si ça te dit, on ira faire un tour... Je sais qu'on est pas des mordus de la foule, mais on pourrait acheter du pain d'épice, boire du vin chaud... Enfin tu sais, profiter de l'hiver.

    Il ne fallait pas se méprendre : Naître dans un pays où il pouvait faire très froid n'impliquait pas forcément d'être immunisé contre. Louise était parfois frileuse. A la maison, elle poussait un peu le chauffage, et dehors elle empilait les couches de vêtements. Peut-être que Jesper, lui, était un homme du froid, à se promener torse nu dans la neige, une hache sur l'épaule...

    Fin du fantasme.

    - Enfin, si tu en as envie. Ou alors on reste là et j'essaye de faire les biscuits moi-même...

    Un sourire muet étira ses lèvres dans le noir. Il dirait sans doute oui pour le marché de Noël.
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Jesper Ejlersen
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MessageSujet: Re: La mégère au bois dormant & le prince cuvant   Lun 17 Déc - 2:03

Apocalypse évitée de justesse. Encore une fois.

Tout comme on sait que murer un cadavre sous les entrailles de la terre exorcisera temporairement l’angoisse de la mort, l’un et l’autre devinaient d’instinct les barrières à ne pas franchir s’ils voulaient éloigner, pour un temps encore, l’inéluctable. Aussi vrai que la mort est inévitable, ce même instinct leur soufflait qu’ils auraient beau mettre toute leur volonté à se voiler la face, ils n’obtiendraient rien de plus que de fragiles et éphémères sauf-conduits.

Un jour ou l’autre, crever l’abcès deviendrait incontournable. Ce qui en découlerait demeurait autrement plus nébuleux pour Jesper. La seule certitude qu’il avait, c’est qu’il sentait rôder autour d’eux les spectres funestes de leurs non-dits. De leurs secrets. Aussi sûrement que celui de la déliquescence le tourmentait, ils ne se trouvaient jamais bien loin.
Même durant des instants de paix comme celui qui s’installait, il les entendait murmurer que, tôt ou tard, sonnerait l’heure du carnage.

Louise lovée entre ses bras, le danois avait fermé les yeux et, pour les réduire au silence, se concentrait sur le son de sa voix. Sur ce léger accent qui planait toujours dans son timbre et ses inflexions rugueuses communes à leurs langues natales. Sur ses mots, anodins en apparence mais qu’il savait choisis avec prudence. Sur l’odeur de sa peau, la chaleur qu’elle diffusait à son épiderme à nu, chassant mieux qu’aucun mot l’atmosphère glaciale qui régnait entre eux auparavant.

Bonne petite femme d’intérieur. Un éclat de rire, tout sauf moqueur, lui avait échappé en entendant la rousse user de ces termes. Elle était loin de la maîtresse de maison accomplie. Mais ça lui convenait. Parfaite, Louise s’échinait bien trop à l’être pour son travail. Ce dont il ne pouvait la blâmer. Les quelques défauts qu’elle dévoilait dans l’intimité la rendait autrement plus désirable que cette icône irréprochable qu’elle incarnait tous les soirs sur scène. L’acrobate connaissait trop l’envers du décor pour se laisser séduire par l’image idyllique qu’elle vendait.

Subitement, la danseuse s’était crispée. Si son corps n’avait pas été pressé contre le sien, sans doute cela lui aurait-il échappé. Lorsqu’elle avala d’un trait les trois quart de sa tasse de moka comme lui l’aurait fait avec n’importe quel alcool, Jesper se demanda une seconde si c’était son rire qui avait provoqué cette curieuse réaction. L’idée de l’avoir peut-être vexée sans le vouloir le fit grimacer. Et craindre la fin de l’armistice.

Il s’attendait à ce qu’un inconfortable silence s’abatte à nouveau sur la chambre enténébrée. Mais Louise se reprit à la seconde, embrayant sur une proposition inattendue.

Le marché de Noël. Le danois ignorait totalement que Midnights en tenait un. D’une part parce qu’il n’y résidait que depuis quelques mois. D’autre part, parce que ce genre de distraction populeuse n’était pas vraiment sa tasse de thé. Ce que la fine demoiselle ne manqua pas de souligner. Elle acheva en proposant une alternative qui, en d’autres circonstances, aurait largement eut sa préférence. Et pas pour les biscuits.

Comme pour marquer cet état de fait, Jesper resserra son étreinte autour de la jeune femme et enfouit le visage au creux de son cou, ses lèvres closes effleurant la soie de son épiderme l’espace de quelques secondes.

— Tu sais comment me prendre, zauberin

Il avait volontairement choisi ce mot, dénué du côté péjoratif d’un rude « hexe ». De même, c’est avec une certaine douceur que Jesper l’avait prononcé. Une gentille provocation en somme, plus destinée à lui faire comprendre que la hache de guerre était belle et bien enterrée qu’à la titiller.

Sa main vint écarter l’épais rideau des cheveux de Louise, qu’il rabattit d’un côté de son cou. Avant de lui mordre la nuque, sans sommation. Les dents refermées autour de sa chair, il serra un bref instant, tirant légèrement sur sa peau d’un mouvement modéré de la tête.

— Très bien, femelle… Va pour une virée nocturne, fit-t-il en appuyant grossièrement sur le douteux adjectif utilisé pour la qualifier, après l’avoir lâchée.

Sortir leur changerait les idées. Leur éviterait peut-être de merder, aussi. De plus, Louise ne lui avait pas vendu ça comme l’occasion de se laisser enivrer par la soit disant magie de Noël. Elle le connaissait trop bien pour commettre pareille erreur.

Les contes de fées n’existaient pas. Pas plus au mois de décembre que le reste de l’année, bien au contraire.

En revanche, l’hiver était là. Très loin de celui que Jesper connaissait — et aimait — au Danemark, mais il s’en contenterait. L’hiver était l’un des rares souvenirs d’enfance qu’il chérissait. La nostalgie ferait le reste. Et ce serait le premier Noël qu’ils passeraient ensemble. Peut-être le seul. Pourquoi ne pas essayer, rien qu’une fois, de saisir ce que certains trouvaient de si merveilleux à cette période de l’année. Il doutait d’y parvenir, mais après tout…

Jesper poussa doucement Louise hors de ses bras et du lit. Une petite claque sur son ravissant fessier vint entériner l’affaire, de concert avec ses dernières paroles :

— Va te changer ! Bien que je ne doute pas que ta tenue fasse son petit effet, ce serait con de finir la nuit au poste… et enrhumée.

Il lui adressa sourire puis se mit en devoir de suivre ses propres conseils, quittant à son tour le confort du matelas pour chercher de quoi se vêtir. Et se mit à rire tout bas en imaginant l’instant où il découvrirait Louise emmitouflée jusqu’au nez sous de multiples couches, aussi moelleuses que superflues à ses yeux. Fils du nord, les frimas locaux ne l’impressionnaient pas. Ce n’était rien en comparaison de la température glaciale des hivers au Danemark.

Ou de celle qui semblait s’être enfin définitivement envolée. Pour la nuit au moins.
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